Poète Rebelle « Écrire a été comme une thérapie »
4 mars 2022 // Musique // 13337 vues // Nc : 146

Elle fait partie de cette jeune génération de slameurs socialement engagés. Poète Rebelle utilise les mots comme des armes, contre les injustices et les discriminations, également pour soigner ses propres blessures.

Le slam est-il synonyme de liberté ?
Mon nom de Poète Rebelle revendique cette idée de liberté.
Depuis une dizaine d’années, j’écris des textes engagés qui défendent les femmes, les droits de l’Homme, l’environnement.
J’ai acquis une certaine maturité mais je ne suis plus aussi agressive qu’avant, car je me compte qu’il est possible de dire les choses de façon moins violente. J’ai également changé ma technique d’écriture.
En 2017, j’ai eu l’opportunité de travailler avec des poètes ainés. Nous avions un projet où il fallait produire des textes de façon hebdomadaire.
J’ai dû forcer l’inspiration et je me suis rendue compte que c’était possible.
J’étudie les thèmes, je regroupe les idées et je couche tout sur le papier.
Sinon, depuis quelques temps, j’écris des textes en dialecte vezo puisque je suis originaire de Toliara. Je veux porter haut les couleurs du Sud.

Le thème de la femme est central dans tes textes…
Ampela zao (Je suis une femme), le public me reconnaît à travers ce texte que j’ai écrit en 2016. Il parle de ce que j’ai vécu, des violences physiques que j’ai subies. J’ai vécu dans un environnement où l’on considérait les femmes comme faibles, indignes d’une éducation supérieure, juste bonnes aux tâches ménagères. Au départ, je voulais dénoncer la personne concernée, mais au fur et à mesure que j’avançais dans le texte, il a pris une tournure universel, ne s’adressant pas uniquement aux femmes battues, mais à tous les hommes violents par rapport à leurs sœurs, leurs mères, leurs femmes. Écrire ce texte a été comme une thérapie. Comme Taiza mitongilana où je parle de l’égalité homme-femme. Je l’ai fait pour un concours organisé par le GIZ (Coopération allemande) et Madagaslam. Ce texte a marqué beaucoup de femmes et m’a permis de remporter le premier prix.

Comment as-tu découvert le slam ?
C’était en 2010, au collège. Ma professeure de français nous a expliqué que le slam est de la poésie qu’on présente sur scène. L’idée m’a plus, j’ai représenté mon établissement lors d’un tournoi à l’Alliance française de Toliara où j’ai remporté le premier prix. Grâce aux encouragements de ma prof, j’ai continué. J’ai encore représenté Toliara à la troisième édition du Slam national à Tana et je me suis retrouvée parmi les dix finalistes. Après cela, les conditions de participation au Slam national ont changé : il fallait avoir 18 ans et comme je n’en avais que 14, il m’a fallu attendre 2015 pour m’y représenter, sans pour autant cesser d’écrire. Je suis toujours parmi les finalistes. Un jour peut-être, je gagnerais la première place ?


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Il y a quelque chose d'assez beau dans l'idée de commencer l'année en mars. Quand le reste du monde a déjà oublié ses résolutions de janvier, nous, nous prenons le temps — celui du calendrier lunaire, celui des ancêtres. Ce n'est pas du retard. C'est une autre façon de mesurer le temps.
Cette année, quelque chose a changé. Ou plutôt : quelque chose est en train de revenir. De plus en plus de Malgaches — jeunes surtout, ce qui n'est pas anodin — se retournent vers leurs racines, cherchent à comprendre ce que signifie réellement l'Alahamadibe, posent des questions que leurs parents n'avaient pas forcément posées. Cette prise de conscience mérite qu'on s'y arrête. On ne peut avancer qu'en sachant d'où l'on vient. C'est vrai pour les individus.
C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

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