Onja Razanamaro : « Madagascar est la terre d’origine des baobabs »
2 novembre 2024 // Nature // 5766 vues // Nc : 178

Une étude publiée cette année dans la revue Nature avance que l’ancêtre commun des baobabs serait apparu à Madagascar, et non en Afrique, comme admis précédemment par les scientifiques. Pour Onja Razanamaro, enseignante chercheuse à l’Université d’Antananarivo et spécialiste des baobabs au Centre de recherche du parc botanique de Tsimbazaza, cette découverte doit renforcer davantage la protection des baobabs.

Parlez-nous de la découverte ?
Avant, on a pensé que l’espèce Adansonia digitata était déjà présente sur le supercontinent Gondwana, et qu’ensuite Madagascar s’est détaché du Gondwana avec elle. Avec le microclimat de Madagascar et de sa localité, d’autres espèces se sont formées suite à l’adaptation de l’Adansonia digitata, d’où les six espèces de baobab qu’on trouve naturellement ici.

Adansonia grandidieri à Andranopasy dans la région Menabe

Mais suite à cette coopération entre le Jardin Botanique de Wuhan (Chine) et l’Université d’Antananarivo, on s’est rendu compte que toutes les espèces qu’on trouve à Madagascar sont apparues après que l’île se soit détachée du Gondwana. Même l’espèce Adansonia digitata est apparue après la dislocation du Gondwana, donc elle ne vient pas de l’Afrique. Ce qui veut dire que toutes les espèces de baobab en Afrique et en Australie viennent de Madagascar. C’est sûrement par la dispersion de graines qui a permis à l’Adansonia digitata d’arriver en Afrique par la suite.

Qu’est-ce qui a conduit à cette recherche ?
Les recherches scientifiques démarrent toujours à partir d’une hypothèse. Ce qui a conduit à cette recherche, c’est la curiosité des scientifiques en voyant qu’il y a beaucoup de baobabs à Madagascar. Alors ils se sont interrogés comment se fait-il qu’il y ait beaucoup d’espèces ici s’ils viennent réellement de l’Afrique ? D’où ces recherches. C’était une collaboration entre le Californian Academy of Sciences et le Wuhan Botanical Garden, avec des chercheurs Malgaches. Leur expédition a duré un an l’année dernière, c’était rapide.

Dès qu’ils trouvaient un échantillon, c’était facile pour eux de faire des simulations et des datations, ils utilisent des technologies de pointe. Quand il y a des collaborations avec des chercheurs étrangers, les travaux se font souvent en paire. Les chercheurs Malgaches ont facilité les recherches à Madagascar, nous connaissons bien les baobabs, nous savons où se trouvent les baobabs. Ils ont aussi participé à l’écriture de l’article sur cette découverte.

Quelle est l’importance de cette découverte pour l’environnement ?
Depuis toujours, on se sert du baobab comme un emblème de Madagascar, que ce soit en tourisme et dans les publicités. On doit être soucieux de préserver les baobabs, tout comme la Chine pour ses pandas. En termes de conservation, cette découverte est importante pour la communauté scientifique malgache et les Malgaches, car à part les orchidées, le baobab est une plante admirée à l’international.

Le baobab est encore peu étudié malgré les efforts en termes d’études sur la pollinisation, la dispersion, les valeurs socio-économiques et la génétique. Les scientifiques ont tendance à dire que les baobabs sont des archives environnementales, la présence d’un baobab prouve qu’il y a eu une forêt à côté, tout un écosystème qui a vécu avec cet arbre. Cette découverte renforce notre identité, c’est pour cette raison que la conservation doit être aussi importante, la protection des sites où il y a des baobabs.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina
Photo : Onja Razanamaro

onja.razanamaro@gmail.com

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir