mOTUS & Shinato « Nous avons de vieux murs difficiles à casser »
3 septembre 2020 // Littérature // 6280 vues // Nc : 127 - 128

Sortie en août, la bande dessinée « Unité-Z » (éditions Des Bulles dans l’Océan) mêle science-fiction et fantastique lovecraftien. Un travail d’équipe signé, mOTUS, pour le scénar, et Heri Shinato, pour le dessin. L’occasion de prendre le pouls de la bédé malgache.

mOTUS, scénariste & Heri Shinato, dessinateur

Les fans de Lovecraft sont à la fête…
mOTUS : Unité-Z est une histoire inspirée par les mythes et l’ambiance propre aux récits de Lovecraft, mais revisités de manière contemporaine. C’est le défi que je voulais relever :  préserver son univers fantastique mais réussir à l’implanter en ce début de XXIème siècle. Le titre s’est imposé non seulement pour son efficacité mais aussi – puisqu’il s’agissait d’une BD hommage – parce qu’il me rappelait un « anime » japonais de ma jeunesse : Cobra Space Adventure de Terasawa Buichi, avec son équipe Z.

Comment est née votre collaboration ?
Heri Shinato : mOTUS est venu me parler il y a deux ans, sans me proposer d’histoire , juste pour me demander ce qui me plaisait. Il avait déjà des BD publiées, moi je ne connaissais que les auteurs car les illustrateurs locaux se connaissent presque tous. Nous avons parlé de science-fiction et de fantastique en général, mais je me doute qu’il avait déjà les débuts d’Unité-Z sur papier quelque part. Plus tard, nous avons travaillé sur les premières pages et les concepts pour constituer le dossier à présenter à un éditeur et Des Bulles dans l’Océan nous a dit oui !
mOTUS : Il était évident que le dessin et les couleurs modernes de Heri étaient ce qu’il fallait à ce récit. Mais au-delà de ça, c’est sa créativité dont j’avais besoin. Heri fait partit des rares dessinateurs qui comprend instinctivement ce qu’on lui demande. Je l’ai approché avec une histoire et quelques descriptifs de personnages et ses essais correspondaient exactement à ce que je recherchais. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de sa première bande dessinée. Nous avons travaillé comme suit : je m’occupais du découpage et du storyboard (planches de dessins préparatifs) et lui finalisait par les dessins et la couleur.

L’avenir de la bande dessinée à Madagascar ?
Heri Shinato : Si nous parlons de la bande dessinée que nous lisons à Madagascar, pour ma génération en tout cas, nous avons surtout lu ce qui vient de l’étranger, à savoir les Mickey, les mangas, les comics ou la BD franco-belge en général. C’est assez amusant de passer de l’autre côté et de devenir soi-même auteur. Un peu inquiétant aussi car je m’aperçois que tout n’est pas toujours rose dans ce métier. Maintenant si nous parlons de la production malgache, je n’ai pas grand-chose qui me vient tête, en dehors des strips dans la presse et quelques éditions sporadiques. Dans les discussions sur la bande dessinée malgache, on parle surtout d’oeuvres du passé, très rarement du très récent. Les auteurs que je connais publient surtout grâce à des éditeurs étrangers ou sur le net en webcomics. Bien sûr, j’aimerais que ça change mais il faut les moyens et surtout l’envie de changement. J’ai moi-même quelques idées que j’aimerais publier, mais je sais déjà qu’aucun éditeur local ne voudra s’y risquer ; nous avons de vieux murs difficiles à casser.

Vos projets ?
Heri Shinato : J’ai tant de projets que votre magazine n’a pas assez de pages pour les imprimer ! (rires) Et tous ne sont pas liés à la BD ou même réalisables en l’état actuel des choses. Mais j’ai appris que pour ne pas décevoir, il ne faut rien annoncer à l’avance donc je suis une tombe ! Il suffit de me suivre sur Instagram et les autres réseaux sociaux pour connaître mon actu.
mOTUS : Pour notre avenir commun, j’espère encore de longues heures de travail. J’ai proposé à Heri d’autres scénarios et pourquoi pas, une suite à Unité-Z. Nous avons eu aussi un début de discussion avec le créateur de jeu vidéo malgache Lomay pour développer cet univers. Nous attendons le retour de lecture de Matthieu Rabehaja pour en savoir plus. Sur un plan plus personnel, je travaille sur trois autres projets avec d’autres auteurs, qui j’espère auront un devenir. La BD est un métier créatif difficile, malgré ce que beaucoup pensent, surtout dans l’économie du livre actuel. Mais comme la chance sourit aux audacieux, il n’y a aucune raison que le voyage se finisse ici.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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