À Ambohimanarina, à quelques minutes du tumulte de la capitale, cinq hectares de verdure abritent une centaine d'espèces rares venues des quatre coins du monde. La Ferme de la Jungle, fondée par Rajaonarivony Christian, est bien plus qu'un élevage : c'est un sanctuaire vivant, un poumon vert discret au cœur d'une ville qui en a bien besoin.



Dès l'entrée, quelque chose change. Le bruit de la ville s'efface, remplacé par le froissement des plumes et les appels des oiseaux. Des paons majestueux étalent leur roue comme s'ils avaient tout leur temps — ce qui, ici, est précisément le cas. Des perruches aux couleurs éclatantes virevoltent entre les arbres fruitiers. Et lorsque les animaux se déplacent librement dans l'espace, le visiteur a l'impression d'être plongé dans une jungle miniature, surgissant de nulle part entre deux artères encombrées d'Antananarivo.
C'est exactement l'effet recherché. « Depuis tout petit, j'ai toujours aimé élever des animaux. Mais très vite, j'ai voulu aller plus loin et accueillir des espèces rares venant de l'étranger, que l'on ne voit pas facilement à Madagascar », explique Christian. Le résultat, après une décennie de passion et d'obstination, c'est un espace de cinq hectares peuplé d'une centaine de pensionnaires aux origines géographiques aussi variées que surprenantes. Cygnes noirs d'Australie, poules de soie venues de Chine, canards carolin de Corée et mandarin de Chine, cochons d'Inde d'Amérique latine — chaque allée réserve sa propre surprise, comme un chapitre d'un atlas de la faune mondiale qu'on tournerait page après page.
Le cadre contribue autant que les animaux à l'atmosphère du lieu. Arbres fruitiers, plantes médicinales, étangs et grands espaces herbeux composent un décor où la végétation semble avoir repris ses droits sur tout le reste. « On peut se sentir complètement dépaysé, comme si l'on était à Mandraka ou Ampefy, tout en restant à Antananarivo », dit Christian. Ce n'est pas une métaphore : c'est une expérience sensorielle réelle, ce décrochage progressif du bitume vers quelque chose de plus organique, de plus lent, de plus vivant.
La Ferme de la Jungle ne se limite pas à la contemplation. Un espace pêche, des aires de pique-nique ombragées, une zone de jeux pour enfants, une restauration sur place avec des plats simples et abordables — entre 5 000 et 10 000 ariary — complètent l'expérience. L'entrée est à 6 000 ariary par personne, et des visites guidées permettent de mieux comprendre les habitudes de ces espèces, leur reproduction, les subtilités de leur cohabitation dans cet écosystème reconstitué.
Christian, lui, n'a suivi aucune formation spécifique. C'est l'observation patiente, répétée jour après jour, qui lui a permis de maîtriser près de 95 % des espèces qu'il élève — en particulier leur reproduction, souvent le signe le plus fiable qu'un animal s'est vraiment adapté à son environnement. « Chaque jour est un apprentissage, confie-t-il. C'est un équilibre entre passion et patience, mais voir ces animaux s'épanouir est une vraie récompense. » Il y a dans cette phrase quelque chose qui ressemble à ce que les naturalistes appellent le stewardship — cette responsabilité discrète envers le vivant qu'on a choisi d'accueillir.
Au départ, la ferme n'était pas destinée au public. « C'était pour moi, mais les visiteurs sont venus naturellement. Aujourd'hui, c'est un lieu où les amoureux de la nature peuvent se retrouver et apprendre. » Dix ans plus tard, l'objectif reste le même : partager une passion pour la faune, offrir une parenthèse verte dans le quotidien urbain. Le terrain est encore vaste. Des espèces nouvelles sont envisagées — autruche, kangourou. La forêt, ici, n'a pas fini de pousser.
Lucas Rahajaniaina
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