Koloina Andriamanantsoa « Il manque une industrie à notre cinéma »
4 septembre 2021 // Cinéma // 8123 vues // Nc : 140

Elle a remporté le « Zébu d’Or » dans la catégorie documentaire aux 15èmes Rencontres du Film Court (RFC) en novembre 2020 grâce à son film « ConfidentiElles. » En juillet dernier, elle a été la première réalisatrice malgache à présenter son travail au Festival de Cannes.

Représentée Madagascar au 74ème Festival de Cannes, c’était inattendue ?
C’était une grosse surprise. J’ai reçu un mail au début du mois de mai pour me l’annoncer. On m’a précisé que le Pavillon africain, l’organisation africaine présente à Cannes, avait sélectionné plusieurs réalisateurs de toute l’Afrique pour y être invités. Leur comité de sélection a fait appel à plusieurs directeurs de festival pour les films. Le directeur des RFC qui était en étroite collaboration avec l’organisation a voulu donner plus de visibilité à ceux qui ont gagné le Zébu d’Or.

Comment se vit le Festival de l’intérieur ?
C’est une réelle consécration pour tout cinéaste qui se respecte. C’était magique tout en étant mouvementé ! Entre, les ateliers et les rencontres, on court partout. Cannes, ce n’est pas que le tapis rouge et le côté glamour, il y a autre chose derrière les portes du palais. Ce sont des milliers de mètres carrés de stands, de petits salons où les cinéastes du monde entier parlent et se laissent découvrir.

Comment le public a perçu ton film ?
Contrairement à ce que j’ai entendu, le film était dans le marché du film spécial Cannes mais n’a pas été projeté dans une des salles du festival. Seuls les professionnels du cinéma, membre de ce marché, pouvait y accéder et mon film faisait partie de 793 autres films. Je n’ai pas eu de véritables retours, pour le moment .

Dans « ConfidentiElles »,  il y a « Elles »…
L’idée de réaliser ce film est venue suite à la création du mouvement Embrace Yourself que j’avais créé sur Facebook. Une page axée sur l’acceptation de soi et le refus de continuer à vivre sous les diktats et la pression sociale. Les femmes sont les premières à subir ce genre de pression. De plus, dans notre culture, nous ne sommes pas censées prendre la parole ou nous exprimer sur nos maux. Le choix des participantes s’est fait naturellement, je pense. Des amies, des inconnues, des relations suggérées par les amis… Au départ, elles devaient être 22 mais ce sont six femmes au final qui font porter leurs voix.

Le public vous a connu grâce à la série « Lova » où vous jouiez le personnage principal. Vous sentez-vous encore actrice ?
J’ai toujours voulu être dans le milieu du cinéma et j’ai sauté sur l’occasion quand Ludovic Randriamanantsoa, le scénariste de la série, m’a demandé si cela m’intéressait. J’avais une totale confiance en l’équipe. Je ne peux pas choisir entre actrice ou réalisatrice. Ce sont deux choses tout aussi épanouissantes, chacune à leur manière ! Être une femme de cinéma, je ne dirais pas que c’est difficile. C’est en tout cas un bon moyen de sensibiliser les gens sur la place des femmes dans notre société.

Comment voyez-vous l’avenir du cinéma malgache ?
Nous avons beaucoup de gens qui ont du talent et qui ne demandent qu’à le montrer. Je pense que nous devons sortir du cliché « tropical » des lémuriens et faire plus de films qui parlent de nous. Nous sommes un peuple qui n’a pratiquement pas d’éducation cinématographique, qui ne sait toujours pas différencier un film d’un téléfilm. Notre cinéma n’est pas reconnu à l’international car nous n’avons pas d’industrie pour le porter, voilà pourquoi nos films sont si peu vus à l’extérieur.

Après Cannes ?
C’est cette voie que je vais suivre. Je travaille sur un petit projet de fiction et sur un autre documentaire, mais celui-là sera plus sur le long terme. À Cannes, les pionniers du cinéma africain m’ont conseillée de continuer dans le court-métrage étant donné que je ne suis qu’au début de ma carrière..


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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