Il aurait pu plaider devant un tribunal. Il a préféré parler avec des images. Fabrice Mamitiana Rasoamanana, Lead Designer chez Orange Madagascar, a troqué ses études de droit contre Photoshop en 2011 — et ne l'a jamais regretté. Quinze ans d'expérience, plusieurs secteurs traversés, une philosophie intacte — le visuel au service du message.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a amené à faire du graphisme ?
Avec un grand-père peintre et un ancêtre sculpteur, j'ai toujours été attiré par l'art. Enfant, je gribouillais, je stylisais des lettres, je feuilletais les magazines — ce n'était pas les textes qui m'intéressaient, mais l'agencement des images. J'avais commencé des études de droit quand un cousin directeur artistique m'a mis Photoshop entre les mains. Le déclic a été immédiat — j'ai vu un monde s'ouvrir. J'ai abandonné le droit, me suis tourné vers le graphisme. C'était en 2011. Quinze ans plus tard, dont onze en tant que professionnel, j'ai traversé la distribution de boisson, l'édition, l'humanitaire, et aujourd'hui les télécoms avec Orange Madagascar.
Comment définiriez-vous votre univers graphique et votre style ?
En une phrase — le visuel au service du message. C'est une approche très pragmatique. Être graphiste, c'est avant tout proposer une solution à un problème : comment communiquer le plus efficacement, faire passer le message le plus clairement.
La partie artistique est la cerise sur le gâteau. Sur chaque projet, je cherche d'abord à comprendre toutes les problématiques — quel est le message principal, quel est le canal de diffusion, impression ou réseaux sociaux. Je travaille en étroite collaboration avec les porteurs de projet et je propose systématiquement au minimum deux pistes créatives pour aboutir au meilleur résultat.
Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
Mon cousin, d'abord — celui qui m'a initié au design. Il passe de la musique à la peinture, à la sculpture, sans effort. Une inspiration inépuisable qui m'a toujours fasciné. Ensuite Apple, pour ses visuels clairs, minimalistes et premium — la puissance du branding incarnée. Et Paul Rand, le père du graphisme moderne, qui a transformé la création visuelle d'une simple illustration décorative en discipline stratégique et fonctionnelle. Il a importé l'esthétique du Bauhaus et du Constructivisme pour imposer le designer non comme un simple exécutant, mais comme un résolveur de problèmes indispensable à la communication stratégique. Sa vision continue de guider ma pratique.
Où vous situez-vous dans cet univers graphique très vaste ?
Dans le graphisme d'entreprise et le secteur humanitaire. Mon rôle est de traduire des sujets complexes en supports de communication clairs, percutants et accessibles — rapports, brochures, visuels de sensibilisation — dans le respect strict des chartes existantes. Ma pratique de la photographie m'apporte une sensibilité supplémentaire sur le cadrage et l'authenticité de l'image. Je souhaite explorer davantage le storytelling visuel et l'édition documentaire, en renforçant la synergie entre la mise en page et la photographie de terrain, pour donner encore plus d'impact humain et de clarté aux récits institutionnels.
Et pour la suite, quelles sont vos ambitions ?
Un domaine que je n'ai pas encore pleinement exploré — le graphisme musical. Transposer l'univers d'un artiste en visuel serait exaltant. En parallèle, en tant que Lead Designer chez Orange Madagascar, mon ambition est d'élever continuellement les standards de production visuelle et d'optimiser nos flux de création interne. L'objectif est d'assurer une direction artistique solide, innovante et parfaitement alignée avec les enjeux stratégiques de l'entreprise.
Propos recueillis par Solofo Ranaivo