EKAA : Ainsi naissent les étoiles
6 avril 2025 // Cinéma // 9146 vues // Nc : 183

Dans un local à Antananarivo, Franco Clerc et Joey Aresoa forment, depuis 2022, des acteurs qui sortent du lot. En fondant l’École Agence Artistique (EKAA), ils ont entraîné une vingtaine de jeunes vers les métiers du cinéma, particulièrement le domaine de l’art dramatique. Aujourd’hui, les fondateurs voient les talents de l’association s’épanouir et aller vers des sélections internationales dont Onisata Andria au 33 ᵉ Festival International de film de Beijing pour sa performance dans le film Followers d’Anton Khan et Synthia Saga — qui nous livre ses impressions dans cette interview — sélectionnée parmi 280 acteurs en Afrique pour bénéficier d’une formation de cinq mois au Dakar.

Une école et une agence d’art dramatique à Madagascar ?
J : Nous avons constaté, dans nos carrières respectives, que les jeunes avaient envie de commencer le métier d’acteur par l’apprentissage, mais ils ne savaient pas où aller et ce qu’il fallait faire. Nous avons eu l’occasion de les rencontrer, en août 2021, à Antsirabe lors d’ateliers de découverte et d’initiation au cinéma, en collaboration avec une chaîne locale. Il y a eu une cinquantaine de participants. La même année, nous avons eu l’occasion de travailler avec des non-acteurs pour incarner des monarques au palais du Rovan’i Madagasikara. À partir de là, nous avons établi un contenu de formation pour aller vers ces non-comédiens. Nous sommes aujourd’hui à notre troisième promotion de talents.
F : On forme des acteurs et des metteurs en scène. Ils peuvent faire du cinéma ou du théâtre, on leur ouvre suffisamment les possibilités. Comme c’est une École Agence Artistique, il y a la partie formation et après, si les talents souhaitent évoluer dans leur carrière, soit nous les laissons, soit c’est le deuxième dispositif — l’agence artistique — qui prend le relai. Nous les accompagnons dans les castings et la gestion d’image, nous vérifions les contrats, etc. Cela est renouvelable après un an.

Comment se déroulent les séances ?
J : EKAA, c’est une année de formation divisée en deux niveaux. Dans le premier, ils apprennent à se connaître, à découvrir leur corps et leurs émotions, puisque c’est fondamental pour incarner quelqu’un d’autre. Ce niveau dure six mois, puis on valide leurs acquis avec un film d’école. Après, il y a le niveau deux — la création de personnages — pendant six mois aussi, où ils font un deuxième film de fin d’année qu’on soumet par la suite à des festivals.

Il y a ce côté « développement personnel » parce que généralement, on a des difficultés à utiliser et comprendre notre personne, nos réactions et notre voix. Il faut aussi travailler sur le fait d’avoir moins peur du regard de l’autre.

F : Notre vraie force a été de mettre ensemble nos expériences : mes 15 ans d’expérience dans le milieu du cinéma et les 20 ans de scène de Joey Aresoa, avec les conseils de feu Vahombey. On a appelé la méthode d’EKAA le « Character Building Synthesis » : c’est une synthèse de tout ce qui existe, adaptée à la situation et au contexte local, avec une approche psychologique que Vahombey a introduite. Tout cela est combiné dans des exercices pratiques et ludiques. De mes échanges à l’étranger, j’ai remarqué qu’il y a des méthodes qui sont un peu plus difficiles à appliquer ici pour diverses raisons comme le manque d’accès à la culture ou notre culture elle-même. Le défi a été d’adapter ces connaissances-là au contexte malgache pour qu’elles soient plus efficaces.

Qu’est-ce qui manque dans l’art dramatique à Madagascar ?
F : Il y a plusieurs facteurs. Le manque de formation en est un. Notre modèle économique aussi joue énormément : les films locaux sont faits avec les moyens du bord et on appelle les proches. Le casting ne favorise pas ceux qui connaissent vraiment le rôle. La vraie faiblesse des films locaux ne se trouve pas dans l’aspect technique, cela ne fait que renforcer les réelles lacunes : l’écriture, la mise en scène et le jeu d’acteur. Cette année 2024 - 2025, on a installé le dispositif « story room » pour accompagner ceux qui ont une histoire et revenir aux bases de l’écriture pendant un an dans un module différent. On est rentrés dans une dynamique de lancer une industrie du cinéma en partant d’une logique de complémentarité. À notre échelle, nous prenons ce qui correspond à nos connaissances, donc l’art dramatique et la représentation.
J : Dans notre culture, nous avons un bon bagage, mais il est axé sur la conception radiophonique et théâtrale. Notre relation avec la lecture est aussi restée au niveau scolaire. Ces deux facteurs combinés ne rendent pas les choses évidentes pour l’acteur ou l’actrice. Il n’y a rien de mal à faire appel à ceux qui ont envie de jouer, mais c’est à eux d’apprendre, à leur tour, à parler et à lire. Dans le long terme, on espère compléter ce qui manque dans l’acting. Mais ce n’est pas le seul maillon du cinéma et j’espère que tous les autres acteurs du milieu pourront se rendre compte de la nécessité de la formation pour qu’on puisse travailler ensemble pour améliorer ce grand secteur.

Synthia Saga, de l’EKAA à l’École Internationale d’Acteurs et Actrices de Dakar. Quels ont été les grands défis ?
S : J’ai toujours rêvé de me former à l’étranger. L’EKAA m’a aidé dans les démarches, et quand j’ai été présélectionnée, le comité de Dakar m’a demandé de faire une vidéo avec l’extrait d’une histoire qui n’a pas été facile du tout. Je devais incarner le rôle d’une femme en Afrique qui aimait chanter — moi-même, je ne sais pas chanter. Heureusement, j’ai eu la chance d’être coachée par l’équipe. En parallèle à la formation, j’espère jouer dans des séries sénégalaises, d’autant que cela a toujours été un de mes plus grands rêves.

Comment a été l’expérience EKAA ?
S : Il y a deux niveaux. J’ai particulièrement apprécié le premier parce que j’ai été étonnée de voir comment je suis réellement quand je pleure ou quand je ressens. C’est avec l’équipe que j’ai pu travailler sur mes complexes quand les « gros plans » gâchaient mon jeu. Personnellement, je me suis beaucoup limitée parce que je ne me sentais pas capable de certaines choses. C’est en me formant à l’art dramatique que j’ai réalisé que ce métier n’était pas facile du tout : dès le premier niveau, la formation m’a touchée au fond de mes tripes.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : EKAA École Agence Artistique
Contact EKAA : +261 38 67 491 27
ekaa.ecole.agence@gmail.com

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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