Il est l'un des créateurs de contenus les plus suivis de Madagascar en ce moment. Le Dr Rakotonoel Rolland, cardiologue, a trouvé dans les réseaux sociaux un nouveau cabinet de consultation — et ses 317 000 abonnés semblent apprécier les visites. Un médecin qui parle de médecine, à la bonne personne sur la bonne chaîne.

« La cardiologie est un domaine qui touche beaucoup de personnes, mais dont on parle peu. Pourtant, certains problèmes peuvent être évités simplement en changeant notre manière de vivre. » Le constat est posé avec sérieux, mais sans condescendance. L'hypertension artérielle — ce tueur silencieux que les cardiologues appellent aussi la maladie des chiffres élevés — touche une proportion importante de la population malgache sans que beaucoup le sachent. Les facteurs de risque cardiovasculaire — sédentarité, alimentation, stress chronique — sont bien documentés, mais peu relayés. C'est précisément ce vide que le Dr Rakotonoel a décidé de combler. « Je ne voulais pas seulement soigner directement les patients, je voulais aussi transmettre des messages simples qui peuvent changer des habitudes », explique-t-il. Lancé dans la création de contenus en 2025, il aborde l'AVC, les maladies cardiovasculaires, l'hypertension — avec une pédagogie qui se veut accessible sans jamais sacrifier la rigueur.
Au départ, pas de studio professionnel, pas d'équipe de production. Une lumière, un trépied, quelques prises et beaucoup de motivation. « Je faisais deux ou trois prises et ça me suffisait. Le plus difficile, c'était parfois de trouver la bonne première phrase pour accrocher les gens », raconte-t-il avec recul. Petit à petit, il affine son style — des vidéos courtes, accessibles, parfois teintées d'humour. Pour lui, parler de santé ne signifie pas forcément arborer le visage grave du grand patron de service. « Si le message est plus facile à comprendre, les gens retiennent mieux », constate-t-il. Cette approche n'a toutefois pas fait l'unanimité chez ses confrères. Certains lui reprochent de trop vulgariser la médecine — et quelques-uns, plus pragmatiques, craignent peut-être que des patients bien informés soient moins enclins à consulter pour tout et pour rien. Lui assume ce choix. « J'ai accepté de sortir un peu du cadre traditionnel, parce que j'ai vu que cela pouvait réellement aider des personnes », déclare-t-il sans détour.
La notoriété a apporté quelques effets secondaires inattendus — et pas les plus désagréables. « Avant, je pouvais acheter quelque chose tranquillement au marché. Maintenant, certains commerçants me reconnaissent et me rappellent mes propres conseils », plaisante-t-il. Sa plus grande satisfaction reste pourtant ailleurs — des familles qui regardent ses vidéos ensemble, des personnes qui prennent conscience de leur tension artérielle ou modifient leur régime alimentaire après avoir suivi ses contenus. Ces signaux faibles, pour un cardiologue, valent mieux que n'importe quel indicateur de portée. La prochaine étape est de développer son équipe technique, explorer d'autres plateformes et encourager d'autres médecins à franchir le pas. Parce qu'au fond, son idée est simple — faire descendre la médecine de son piédestal. Et parfois, quelques minutes d'une vidéo bien faite suffisent à rappeler à chacun de prendre soin de son cœur.
Lucas Rahajaniaina
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Photos : Andry Randrianarisoa