Centre de Cure Aro Aina (CCAA) : « Les cas de toxicomanie au cannabis et au roro sont en hausse »
6 janvier 2024 - AssociationsNo Comment   //   741 Views   //   N°: 168

Depuis 15 ans, le Centre de Cure Aro Aina situé à Andravohangy joue un rôle indispensable dans la lutte contre l’addiction à Madagascar. Sous la houlette du Dr Miarintsoa Andriamiarinarivo, médecin addictologue et psychothérapeute, le centre propose un internat à Ambohidratrimo depuis 2019 et se consacre à la réhabilitation des personnes souffrant de divers types de dépendances.

Le Centre de Cure Aro Aina assure une prise en charge médico-psycho-sociale des individus confrontés a des problèmes liés a la consommation de produits psychotropes, incluant l’alcool, le tabac, la cigarette, et divers types de drogue tels que le roro et le cannabis. 

Cependant, il faut noter que les services offerts par le centre sont payants. « Le traitement offert se divise en deux volets : le traitement externe et interne » rapporte la présidente. La forme externe consiste en un ensemble de soins et de traitements médicaux, les patients peuvent consulter le centre pour obtenir de l’aide, mais l’implication de l’entourage est essentielle. L’entretien initial est aussi important pour déterminer la meilleure voie à suivre, car il est indispensable de ne pas forcer la personne à se faire interner. « Parfois, lorsque l’entourage n’arrive pas à contrôler la personne dépendante, le centre recommande l’hébergement en internat ». Néanmoins, l’internat n’est pas une hospitalisation ordinaire, mais plutôt une modification du rythme de vie quotidien et de l’environnement de la personne dépendante dans le but de briser les habitudes addictives. De plus, les patients internés sont continuellement sous surveillance médicale. 

« Le processus de guérison s’articule autour d’une consultation médicale où des médicaments sont prescrits, et cela dépend de 1 à 3 mois en fonction de la substance qui crée la dépendance ». Par la suite, une psychothérapie est mise en œuvre. Cette dernière peut être individuelle, familiale ou conjugale. « Non seulement la personne en difficulté participe à une thérapie, mais sa famille également, renforçant ainsi les liens familiaux ». Le suivi post-traitement est essentiel pour éviter les rechutes, qui sont actuellement de l’ordre de 15% à 20%, selon la présidente. En effet, les rechutes peuvent être dues au manque de motivation, au soutien familial insuffisant ou la fragilité des relations familiales. « Certaines personnes restent en thérapie même des années après leur traitement ».

Le Centre de Cure Aro Aina se distingue par sa politique de n’accepter que les membres de la famille pour accompagner les patients internés, excluant les accompagnateurs payés. En plus de la prise en charge individuelle, le centre mène des activités de prévention et de sensibilisation dans divers contextes, des écoles aux églises en passant par les associations et les entreprises. Ils ont également des émissions médiatiques. « Récemment, une école des parents a été lancée pour sensibiliser les parents à leur rôle dans la prévention des addictions ». 

Les statistiques indiquent que 35% des patients du centre sont aux prises avec l’alcoolisme, tandis que les cas de toxicomanie au cannabis et au roro sont récemment en hausse. Le centre observe également une augmentation des addictions comportementales, y compris chez les jeunes. Outre l’alcool et les drogues, le centre prend également en charge les addictions sexuelles, l’addiction aux écrans (ordinateurs, téléphones, tablettes), et aux jeux de hasard.

Nonobstant ces défis, le Centre de Cure Aro Aina se targue d’un taux de réussite de 70% en attestant d’une véritable source de fierté pour l’établissement. En dépit de sa capacité d’accueil limitée, il demeure un acteur central dans le combat contre l’addiction à Madagascar. « Le centre ne peut pas accueillir les cas d’urgence en raison de la nécessité de rendez-vous et de ses capacités d’internement limitées » souligne la présidente. Dans les rares cas, lorsque la situation est critique, la police peut intervenir pour amener la personne au centre.

Dans le cadre de son engagement envers les personnes en souffrance psychologique, le centre de Cure Aro Aina travaille en étroite collaboration avec d’autres professionnels tels que les médecins généralistes, les psychologues et les psychothérapeutes. « J’insiste sur l’importance vitale de renforcer les liens familiaux, car une communication ouverte et solide est la clé pour prévenir les rechutes ». Elle exhorte également à une plus grande sensibilisation aux dangers de la consommation d’alcool pendant la grossesse, un sujet que le centre a récemment consacré un évènement majeur. À travers ces efforts, le Centre de Cure Aro Aina demeure un bastion de rétablissement et un pilier pour des familles plus fortes, luttant sans relâche contre les multiples visages des addictions.

Dr Miarintsoa ANDRIAMIARINARIVO, CCAA, 
034 01 119 20 
miaandri@yahoo.fr

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