Betina Bruno : Aïe, ca pique
18 mai 2026 // Mode & Design // 43 vues // Nc : 196

Le 30 janvier 2026, à l’Institut Français de Madagascar, la mode a changé de texture. Sur le podium du concours Mode Éthique et Durable, un sac, un chapeau et une bandoulière en forme d’oiseau suffisent à déplacer les lignes. Betina Bruno décroche le titre dans la catégorie accessoires — et impose, presque en douceur, le raketa comme matière manifeste.

Le cuir serait rop attendu. Betina Bruno préfère le détour. Le raketa (cactus), plante du Sud, devient sous ses mains un cuir végétal aux accents bruts. Texture mate, rendu organique, finitions artisanales : ses pièces n’en font pas trop. Un sac aux lignes franches, un chapeau minimaliste, une bandoulière qui évoque la nature sans la caricaturer. Ici, l’accessoire n’est plus un détail. En coulisses, pourtant, rien n’était joué. Arrivé tard, sans scénographie prête, Betina improvise. Quelques branches ramassées à la hâte, une mise en scène instinctive — presque sauvage, dirait-on en pensant à certains défilés japonais des années 1980. Si à côté, tout semble calibré, lui compose avec presque rien. « Je suis venu sans pression, juste pour montrer mon travail », glisse-t-il. Une phrase simple, mais qui dit beaucoup : parfois, l’absence de stratégie devient une stratégie.

Face au jury, le ton change. Betina parle matière, processus, vision. Son cuir végétal, il l’a conçu lui-même avec du gel de raketa, du coton kapok, de la poudre de bois. Une alchimie patiemment élaborée depuis son master, jusqu’à obtenir une matière composée à 95 % d’éléments naturels. « L’objectif, c’est d’arriver à 100 % », affirme-t-il. On pense à ces artisans de la Renaissance, qui recommencent cent fois le même geste — non par perfectionnisme, mais par nécessité.

Dans ses créations, rien n’est décoratif au hasard. Les formes s’inspirent de la plante, les volumes restent épurés, presque bruts. Une esthétique qui oscille entre design contemporain et racines profondes. La mode, ici, ne copie pas la nature mais la traduit. Derrière le style, il y a aussi une histoire. Concours après concours — souvent récompensé — Betina Bruno affine son projet. Peu à peu, il lance son atelier, 2B-Kuirex, à Analamahintsy. La gamme qui s’étoffe (sacs, portefeuilles, bracelets, ceintures), toujours avec la même ligne de créer local et penser durable. « Mon objectif, c’est de valoriser la nature et le savoir-faire malgache », insiste-t-il. Et la suite est déjà en germe. Structurer une filière autour du raketa, collaborer avec des producteurs du Sud, produire à plus grande échelle. Silence, ça pousse.

Lucas Rahajaniaina

Contact : 0349976225
Facebook : Betina Bruno
Photos : Andry Randrianarisoa

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