B&B
10 septembre 2023 // Photographie // 4370 vues // Nc : 164

À Madagascar, il y a un endroit face à la mer, à l’extrême Ouest, où les Vezo construisent des boutres marchands avec patience et opiniâtreté. Si cela leur prend 10 ans, peu importe, c’est suivant leurs moyens. Une fois lancés à la mer, ces bateaux à voiles d’un tonnage de 50 à 500 tonneaux, caboteront tout le long de la côte ouest du pays et enrichiront leurs propriétaires. « B&B », c’est donc, pour essentialiser, Belo et ses Boutres. On tend à penser que les boutres sont les vestiges du passé, qu’ils vont disparaître. Que nenni ! Les carburants ont pris 40% d’augmentation ? Ça glissé sur les boutres comme l’eau sur le plumage des canards ! Le boutre, qui n’use que de l’énergie du vent, en sort renforcé. Il n’y a qu’à Madagascar que le temps recule et que le moteur reste très marginal! que les pirogues vont à la voile ! que les charrettes cheminent lentement dans la campagne !

Se rendre à Belo sur Mer, ça se mérite. Un 4x4 famélique peut vous y amener, si vous pouvez encaisser les cahots. Si vous partez par vos moyens, à l’approche, vous vous per- dez facilement ; pistes de chasse ! chemins de halage ! voies d’exploitation du sel ! Rien n’est indiqué́. Quand enfin vous avez trouvé́ le bon fil, il faut surfer sur d’épaisses dunes de sable, car le village de Belo sur Mer, 5000 habitants peut- être, Vezo et Masikoro confondus, est bâti sur du sable. Ses habitants en savent quelque chose : on y marche « crochu », le pied ne trouve pas d’appui solide, il faut hisser son corps en avant avec la plante des pieds.

Belo n’abrite pas pour rien le peuple de la mer, les Vezo; de Morondava à Belo, si le vent est favorable, une pirogue Vezo prend 6-7 heures, à peine plus que la piste qui fait 120 km. Si le vent est défavorable, le trajet peut prendre deux jours. À la voile (ou à la pagaie, si la mer est d’huile).

Notre maître artisan s’attelle au fastidieux travail de cintrage du bois à la vapeur.

Les habitants de Belo baignent dans la construction des boutres depuis leur naissance jusqu’à leur mort. Le bois arrive des forêts alentour. Aucun outil électrique. Seule concession à l’industrie : les grosses pointes d’acier galvanisé qui arriment les planches.

Pour ceux qui se fatiguent du sable, il y a le sel, l’espace parfaitement plat des salines où l’on peut rouler à tombeau ouvert. Il en part, par boutre évidemment, 10000 tonnes de sel par an. Un soleil implacable se réverbère sur la surface dure et blanche. Des femmes, armées de pe- tites baguettes, passent leurs journées à casser la croûte. Collecté, le Sel de Belo est lavé et mis en Gony de 50 kg.

La répartition des tâches est stricte à Belo. Aux hommes la construction des boutres et des pirogues, les sorties en mer avant l’aurore. Aux femmes, la pêche aux seiches (Orita), la cuisine, la lessive, l’élevage des enfants, et en appoint, la fabrication de nattes.

Les arbres poussent plus vite que les boutres.
La légende qui veut que les Vezo construisent leur boutre dans leurs jardins. Ce n’est pas faux, on le voit. Les cocotiers ont grandi et la carcasse du boutre (un bout de carcasse est visible à droite), est maintenant habillée de planches. Il reste beaucoup à faire : dresser le pont, acheter les deux mâts, fabriquer les six ou huit voiles, préparer les cordages, poser le gouvernail, etc. mais ça avance. La demande est très forte, car le transport par boutre est populaire et bon marché. Ce qui freine les artisans de Belo, c’est d’abord le manque d’argent. Parallèlement, les bois exigés (Katrafay, Voantango, Tainakanga) se raréfient et il faut les faire venir de plus en plus loin, du pays des Masikoro (le versant pay- san des Vezo). Les outils rudimentaires utilisés (herminette, drille toupie, varlope) n’accélèrent pas la tâche.

Avant de lancer le boutre, il faut soigneusement calfeutrer les planches qui sont juxtaposées (et non superposées). À l’aide d’un burin et d’un maillet, le sisal (latopo) est forcé entre les planches. Le Kolitara, un mélange d’huile de vidange et de Famata (un latex), cuit et recuit, achève l’étanchéité.

Pour parachever ces années d’effort, le propriétaire soigne sa couverture, en l’espèce les couleurs de son bateau et le nom à lui assigner, en espérant que ça lui portera chance. Vert, blanc, bleu. Des liserés rouges, des festons blancs. Le nom est un grigri : Tindana, Tsimagnavaky, Tsara HafaTra, Tagnanana, sakaiza aHo zaza, La grace de dieu, maro- anake, zoTom-po, cHampion amiraL ossama Ben Laden.

Avant de lancer le boutre, il faut soigneusement calfeutrer les planches qui sont juxtaposées (et non superposées). À l’aide d’un burin et d’un maillet, le sisal (latopo) est forcé entre les planches. Le Kolitara, un mélange d’huile de vidange et de Famata (un latex), cuit et recuit, achève l’étanchéité.

Pour parachever ces années d’effort, le propriétaire soigne sa couverture, en l’espèce les couleurs de son bateau et le nom à lui assigner, en espérant que ça lui portera chance. Vert, blanc, bleu. Des liserés rouges, des festons blancs. Le nom est un grigri : Tindana, Tsimagnavaky, Tsara HafaTra, Tagnanana, sakaiza aHo zaza, La grace de dieu, maro- anake, zoTom-po, cHampion amiraL ossama Ben Laden.

La rue principale au matin. La production de tomates est pléthorique dans le Menabe en septembre, et c’est donc mon petit-déjeuner.

Les enfants de Belo savent tout de la mer, des poissons, des voiles et des pirogues. Ce petit boutre en sommeil est leur terrain de jeu.

Ces géants ventrus sont conçus de telle sorte qu’ils se déposent délicatement sur le sable une fois la marée basse. À marée haute, les boutres peuvent prendre congé́. Cette disposition leur permet de charger beaucoup et de déposer leurs marchandises dans les anses les plus reculées.

Cette jeune fille Vezo, me voyant, marque le pas à dessein ; je l’immortalise dans la baie où commencent à se redresser, à la faveur de la marée montante, les trois boutres à l’ancre.

Dès 6 h du matin, un petit soleil d’Est blanchit la lagune, ce bras de mer qui passe entre le gros du village et la longue bande de sable où s’installent, dans leurs abris précaires, les pêcheurs Vezo itinérants. A marée basse, la mer s’étant retirée, on circule à pied dans la lagune.

Les photographes le savent. Le soleil du matin, comme s’il s’échauffait, est timide. Le soir, il se couche voluptueusement, engorgé du sucre et de la chaleur emmagasinés dans la journée. À Belo, comme ailleurs.
Dès 6h du matin, un petit soleil d’Est blanchit la lagune, ce bras de mer qui passe entre le gros du village et la longue bande de sable où s’installent, dans leurs abris précaires, les pêcheurs Vezo itinérants.
C’est la marée haute ; à marée basse, la mer s’étant retirée, on circule à pied.
À 6h du soir, la mer est redevenue haute et du village, les pieds dans l’eau (au Gîte D.), on peut contempler le gros soleil d’Ouest glisser malicieusement entre les pi- rogues Vezo.

Textes et photos : YA

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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