Alahamadibe : Quand Madagascar change d'année
17 mars 2026 // Soatoavina // 2382 vues // Nc : 194

En mars, pendant que le reste du monde a déjà oublié ses résolutions du 1er janvier, Madagascar célèbre son propre Nouvel An. L'Alahamadibe — ou Taombaovao Malagasy — n'est pas une reconstitution folklorique. C'est une année qui commence vraiment.

Il y a quelque chose de légèrement subversif dans l'idée de fêter le Nouvel An en mars. Comme si Madagascar avait décidé, il y a bien longtemps, de ne pas suivre le calendrier grégorien là où il n'avait rien à faire. Cette année, les 19, 20 et 21 mars, à Ambonga sur la RN1, la Grande Île marque l'entrée dans le mois d'Alahamady — et avec lui, le début d'une nouvelle année selon la tradition. Mais avant d'en arriver là, il faut traverser le Volampadina. Ce mois de purification qui précède l'Alahamadibe occupe dans la culture malgache une place spirituelle comparable au Ramadan ou au Carême — une période de préparation intérieure, de recueillement, avant que la fête puisse avoir un sens. On ne célèbre pas l'Alahamadibe à la légère. On s'y prépare.

Les termes, d'ailleurs, méritent qu'on s'y attarde une seconde. Alahamadibe, Vava andron'Alahamady, Taombaovao Malagasy — trois expressions qui circulent souvent dans le même souffle et peuvent semer la confusion. Pour les traditionalistes, la clarification est simple : ce sont des visages différents d'une même réalité. L'histoire du glissement terminologique est elle-même révélatrice. Sous la royauté, la population parlait naturellement du « jour Alahamady ». Puis vint la période coloniale — et avec elle, la surveillance des pratiques traditionnelles. Par prudence, certains pratiquants auraient préféré l'expression Taombaovao Malagasy, moins marquée, plus accommodante avec le calendrier imposé par l'administration. Un compromis de survie, en quelque sorte.

Le cœur du rituel, lui, n'a pas changé. La célébration est précédée du fidiovana, rite de purification accompli durant le Volampadina. Ensuite, des lampions confectionnés à partir de graisse bovine fixée sur des bâtons sont allumés : leur fumée, semblable à de l'encens, est portée autour des habitations pour repousser les mauvais esprits. Les restes de ces lampions forment alors l'Afo tsy maty — le feu sacré, celui qui ne meurt pas, qui accompagne la veillée et symbolise la transition vers l'année nouvelle. Une image forte. Un feu qu'on ne laisse pas s'éteindre.

L'Alahamadibe n'est pas une fête isolée. Il s'inscrit dans un archipel de célébrations similaires qui traversent l'île : Fanonpoambe, Fitampoha, Sambatra, Zagnahary be — autant de manières pour chaque région de marquer le temps à sa façon, de renouer avec ses ancêtres, de remercier Andriamanitra Andriananahary. Renouveau, gratitude, transmission. Ce sont les mots qui reviennent. Et finalement, changer d'année en mars, précédé d'un mois de purification et d'un feu qu'on ne laisse pas mourir — c'est peut-être la manière la plus sérieuse qui soit de prendre une nouvelle année au sérieux.

Radamaranja

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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