Fermé aux vols réguliers depuis 2015, l’aéroport d’Antalaha reprend enfin du service. Une relance attendue, stratégique pour le tourisme et l’économie de la SAVA, longtemps pénalisés par un enclavement routier chronique.

Il aura fallu onze années. Onze longues années durant lesquelles Antalaha, capitale officieuse de la vanille, regardait passer les opportunités au loin, faute d’avions pour l’y relier. Depuis 2015, plus aucune desserte régulière n’atterrissait à Antsirabato. Or, dans une région où les routes sont dans un état déplorable — pistes ravinées, tronçons quasi impraticables en saison des pluies — l’absence d’alternative aérienne a pesé lourd. Sur les opérateurs touristiques, les exportateurs et surtout sur les investisseurs. « Sur toute la chaîne de valeur locale », comme l’expliquent si bien les opérateurs économiques locaux. La réouverture officielle de l’aérogare, le 22 janvier 2026, marque donc bien plus qu’un simple retour de vols. « C’est un signal économique. Un message adressé aux filières clés — vanille, agriculture, pêche — mais aussi aux voyageurs en quête d’un Est encore sauvage, entre Sambava, Maroantsetra et Sainte-Marie », l’a souligné Jean Germain Randrianirina, Directeur Général de l’Aéroport de Madagascar, ADEMA.
Les travaux, menés par ADEMA, ont permis de moderniser le bâtiment aéroportuaire, d’améliorer nettement le confort des passagers et d’aménager une salle VIP — détail qui n’en est pas un lorsqu’on ambitionne d’attirer investisseurs et tours opérateurs. Un milliard d’ariary a été investi pour cette première phase. L’aérogare rénovée, d’une superficie d’environ 875 m², répond désormais aux normes actuelles de sécurité et d’accueil, avec des espaces distincts pour l’embarquement et l’arrivée. Mais le véritable enjeu se joue sur le tarmac. Quatre milliards d’ariary supplémentaires sont annoncés pour la rénovation et l’élargissement de la piste, afin d’accueillir des appareils de type Boeing 737-800 Max. Les études géotechniques devraient s’achever dans trois mois, prélude à des travaux décisifs. Car sans piste adaptée, pas de montée en gamme possible.
En attendant, les premières dessertes Est–Nord, opérées par Madagascar Airlines, réduisent drastiquement les temps de trajet : Toamasina–Antalaha en 1 h 15, Sambava–Maroantsetra en 35 minutes. Une révolution logistique dans une région où le temps, jusqu’ici, se mesurait en jours de route. L’ambition est claire : l’aéroport d’Antsirabato pourrait devenir, à terme, le premier aéroport international de la région SAVA. Si cette trajectoire se confirme, Antalaha ne sera plus une périphérie oubliée, mais une porte d’entrée stratégique sur le Nord-Est malgache. Et dans le tourisme comme dans l’économie, tout commence toujours par une porte qui s’ouvre.
Solofo Ranaivo