Le 1er mars dernier, à l'Alliance Française de Tana, la troupe Tropy Jeannette montait sur scène pour « Rindra-kira teatraly ». Un acte en apparence ordinaire — sauf que cette compagnie fondée en 1929 approche de son centenaire, et que le théâtre malgache, lui, semble avoir du mal à remplir les salles. Coïncidence ou manifeste ?


Le rideau s'est levé comme si rien ne s'était passé. Comme si quatre-vingt-seize ans de planches ne pesaient pas sur les épaules des comédiens. Le 1er mars, à l'occasion du mois du théâtre, le Tropy Jeannette a présenté « Rindra-kira teatraly » à l'Alliance Française d'Antananarivo — une soirée qui valait bien plus qu'une simple représentation. C'était une déclaration : nous sommes toujours là. Toujours là, alors que le théâtre malgache peine à trouver son public, que les salles se vident et que l'art dramatique local semble parfois jouer son propre drame, celui de l'oubli. Dans ce contexte, la longévité du Tropy Jeannette tient presque du prodige.
Tout commence en 1929, avec trois passionnés : Ratinarivo, Jeannette et Raketamanga. Jeannette se fait remarquer très tôt — encore enfant, elle joue déjà dans des représentations organisées à l'église ou à l'école. Sa voix claire, son aisance sur les planches, son talent musical fascinent le public. Ratinarivo, lui, est déjà reconnu pour ses compositions. Leur rencontre donne naissance à une aventure artistique qui marquera durablement la culture malgache. Les premières représentations prennent vie au Théâtre Municipal d'Ambatovinaky — premier véritable foyer théâtral de Madagascar — avant que la troupe ne migre, au fil des décennies, vers le Tranompokonolona Analakely puis le Théâtre Municipal d'Isotry.
Sur ces scènes successives, le Tropy Jeannette forge sa réputation et son répertoire : théâtre classique malgache, récits joués rythmés par des chants, toujours porteurs d'une morale. « Sangy mahery » de Rodlish, « Ny voromailala » de Rosa Beby — avec la célèbre Bakobako Roa —, « Tsy amohizako azy » de Jasmina Ratsimiseta. Des pièces devenues des références. Et des planches par lesquelles sont passés nombre de comédiens qui ont ensuite fait leurs marques dans le paysage culturel malgache. On ne cite pas de noms — le théâtre a ses pudeurs.
Aujourd'hui, la troupe compte seize membres, dont de nombreux jeunes, et est dirigée par Tsiory Ravaloson. « Depuis toujours, le Tropy Jeannette cherche à faire aimer et comprendre le théâtre malgache », explique-t-il, avant d’ajouter « C'est un flambeau transmis par les anciens, et que nous continuons de porter. » Un flambeau qui brûle entre les répétitions du soir, après les études et le travail — parce que le théâtre, aujourd'hui, ne nourrit plus son homme comme il le faisait autrefois. « Nous le faisons surtout par passion, mais nous continuons à le développer », confie le directeur, sans amertume apparente. Sa conviction sur l'art dramatique tient en une formule nette : « Le théâtre repose sur trois piliers — l'auteur, les acteurs et le public. Sans l'un des trois, il n'y a pas de théâtre. » Un triangle fragile, donc. Et précieux. À l'approche de 2029, les idées foisonnent : projections d'archives, nouvelles créations, représentations à l'étranger pour la diaspora. Cent ans de scène, ça se fête. Reste une question que personne ne pose à voix haute : dans cent ans, qui montera encore sur ces planches ?
Lucas Rahajaniaina
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