Tite Nazarro : Intimement politique
9 août 2023 // Arts de la scène // 8595 vues // Nc : 163

Du haut de ses 20 ans, Tite Nazarro, de son nom hors-scène Razanadrakoto Tsiory Narovana, fait déjà partie de ceux qui écrivent l’histoire du slam à Madagascar : 54 mille abonnés sur sa page Facebook, une performance solo à son actif, et des expressions fétiches reprises par les autres slameurs et sa fanbase. Son secret ? Une démarche d’écriture unique en son genre qui concilie la vie publique avec les préoccupations les plus intimes. Au moment de sortir son premier album collaboratif de spoken word, elle revient sur son processus créatif.

Si Tite Nazarro peut se féliciter d’avoir trouvé sa signature seulement quatre ans après avoir intégré Madagaslam, c’est le résultat d’un parcours qui la tiraille dans deux sens opposés. En effet, elle a commencé par des textes intimistes, des secrets d’adolescents où elle continue à puiser son inspiration, même après avoir côtoyé des slameurs qui militent plutôt dans la vie publique, dans ce collectif. « La passion pour l’écriture a débuté au collège, à l’époque, c’était commun d’avoir un journal intime. Je m’orientais donc vers des thèmes autour de l’amour. Plus tard, en 2021, j’ai appris à écrire en malgache et c’est là que j’ai commencé à écrire sur la société malgache, c’était sur le Covid 19. La plupart des slameurs parlent soient de société soit d’amour uniquement, mais moi, j’assemble ces deux sujets, car ce sont deux mondes qui se complètent. » En voulant à tout prix rester fidèle à cette approche, elle a fini par utiliser les expressions génériques « tsy maninona » (ce n’est rien) et « eny » (oui) dans tous ses textes. Aujourd’hui, Tite Nazarro constate, non sans fierté, que ses expressions sont reprises par d’autres slameurs et vulgarisées auprès de son public. « ‘Tsy maninona’ et ‘eny’ sont des expressions malgaches qui existent déjà, mais à chaque fois que je performe un texte, ces mots reviennent constamment peu importe le sujet. ‘Tsy maninona’ pour confronter les deux aspects qui s’opposent dans le texte, et ‘eny’ pour affirmer un propos. » Dans un texte qui s’ouvre avec des vers sur l’inflation par exemple, sa plume bifurque vers l’impact de la hausse du coût de la vie au sein d’un foyer, les disputes au sein d’un couple, le divorce, les enfants qui s’échappent à travers des relations amoureuses toxiques, créant des nouveaux couples qui engendrent de nouvelles problématiques sociétales. Dans ses textes, le domaine politique se mêle de l’intime, l’intime bouscule le cercle public, et le cycle se referme sur lui-même.

Malgré ce côté engagé, Tite Nazarro insiste qu’elle n’est pas une activiste rigide. « Avant d’être un écrivain, je suis un être humain. » Et elle n’hésite pas à mettre en avant ses particularités, le pseudonyme « Tite », tiré de « petite » en est le meilleur exemple ; Tite Nazarro, c’est aussi 1 mètre 50 d’énergie à l’état pur, sans artifice quand il s’agit de déclamer ses textes. « Ce qui est bien avec le slam c’est qu’elle ne requiert pas beaucoup de préparations, pas besoin d’instrumentalistes ni d’accentuer l’apparence, il n’y a que moi, ma voix et mes gestes, a cappella. On s’exprime d’une façon différente du rap, de la poésie traditionnelle et de la musique. » Vu son dévouement aux règles qui fondent l’identité du slam, on se demande qu’est-ce que son album de spoken word va donner, sachant qu’elle y collabore avec des rappeurs. Pour l’instant, Tite Nazarro ne laisse rien échapper de ce projet en gestation, mais l’ambition de la jeune femme promet du lourd. « Dans le domaine du slam, je veux être quelqu’un qui marque mon existence. »

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina
Tite Nazarro : +261 38 23 376 31

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir