Ely Nomenjanahary : Sous haute dérision
18 juillet 2026 // Arts de la scène // 1944 vues // Nc : 198

Depuis quelques mois, Ely Nomenjanahary fait salle comble. D'Antananarivo à Antsirabe, son spectacle Maladie d'humour ne laisse personne indifférent — ni debout, d'ailleurs. Le standuper est très en vue, et ça ne risque pas de s'arrêter. Considéré comme un cas clinique, il est à la fois le créateur et le premier patient zéro d'un concept qu'il a lui-même breveté.

Ely Nomenjanahary est atteint d'une pathologie rare. C'est en plein cœur du quartier général de No Comment Magazine, à Ankorahotra, que le phénomène a débarqué — enfin, « débarqué » est un bien grand mot. Disons qu'il s'est égaré avec panache. Il entre en observant les locaux d'un air d'expert géomètre qui découvre une nouvelle espèce de plante. Le look ? Un combo short, tee-shirt et sandales qui crie week-end à Foulpointe. Mais sous cette dégaine de vacancier décontracté se cache un homme au visage d'un sérieux papal et à la voix de baryton. Il s'assied, redresse le buste avec la dignité d'un chef d'État en plein sommet international, tout en réajustant ses sandales. C'est là tout le piège. « Dans la vie, si je ne perds pas de l'argent, c'est moi en personne qui suis perdu », lâche-t-il sans ciller. Le ton est donné.

Quoi qu'il arrive, son cerveau transforme la moindre scène de vie en punchline. Les versets bibliques, les ordonnances des médecins, les galères des écoliers, les cœurs brisés, les portefeuilles fauchés — tout est disséqué.

La société le qualifie de sociologue, et on confirme le diagnostic. Sauf que lui ne prend pas de notes. Il tapote son index contre sa tempe avec un sourire mystérieux. Pas de carnet, pas de script : tout est stocké là-haut, dans une boîte noire cérébrale. « Le talent ? Tout le monde a le sens de l'humour, mon pote », glisse-t-il en mimant un micro invisible. « Mais le stand-up demande de l'intelligence et une sacrée technique. Faire rire, c'est injecter un message l'air de rien. »

Ce virus du rire, il l'inocule au public pour la première fois en 2021, lors d'une scène ouverte au CGM. Il lui a suffi de se présenter sobrement comme « le fils de ses parents » pour que les vétérans du milieu valident le phénomène. Direction le Be Tige Club, le temple de la nouvelle génération. L'année dernière, il monte aux côtés des monstres sacrés : Gothlieb et Francis Turbo. Baptême du feu réussi — le public, d'abord sagement assis comme à la messe, a fini plié en deux. Aujourd'hui, la contagion s'accélère. Son premier solo d'une heure au CGM : 500 personnes, guichet fermé. Après Tamatave, une grande tournée nationale se prépare — Majunga, Fianarantsoa, Tuléar, Manakara. Si vous croisez sa route, ne cherchez surtout pas de vaccin.

Tatiana Randriamanakajasoa

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