Tirike : Tsapiky fort
31 juillet 2026 // Arts de la scène // 1723 vues // Nc : 199

Quarante ans de scène, et le tsapiky inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Tirike Augustin Enomeany, pionnier qui a sorti ce rythme du Grand Sud pour en faire une world music reconnue aux sept coins du globe, est revenu en force au Festival du Tsapiky à Toliara en avril dernier. Rencontre avec une légende vivante — humble, lucide, et toujours debout.

Du groupe fondé en 1990 à Ampanihy aux scènes d'Europe et d'Amérique du Nord — quarante ans après, quel effet ça fait ?
C'est une immense fierté, presque un vertige. En créant le groupe, mon but était simplement de mettre la culture Mahafaly sur le devant de la scène nationale. Voir ce rythme purement local résonner aujourd'hui à l'autre bout du monde dépasse mes rêves les plus fous. Le tsapiky, c'est une musique qui frappe fort, qui va vite, qui ne laisse personne indifférent — et ça, le monde l'a compris.

Je ne peux que remercier Dieu et le public pour cette trajectoire unique. L'inscription à l'UNESCO est venue couronner tout ça. Nody ventiny ny rano natsakaina — nos efforts collectifs ont enfin porté leurs fruits.

Révélation des Big City Nights, finaliste des Découvertes RFI, premier Malgache classé à l'Europe World Music Charts, Commandeur de l'Ordre des Arts — et pourtant, vous restez d'une humilité déconcertante. Pourquoi ?
Je ne cours pas après les médailles. Ces distinctions me touchent, bien sûr, et je remercie ceux qui me les ont décernées. Mais au fond de moi, je reste un simple artisan de la terre. Jadis, à l'étranger, on nous rangeait dans la case générique « World Music » par simple curiosité. Aujourd'hui, le tsapiky s'est modernisé, affiné, et s'impose comme un style respecté à part entière — au point que des groupes occidentaux se l'approprient. Ma vraie richesse, c'est la vibration qui unit les cœurs quand la guitare s'emballe. Aucun trophée ne remplace ça.

Vous vivez à Marseille depuis 26 ans, salarié dans le secteur privé et icône musicale à la fois. Comment on tient les deux ?
Très naturellement, en gardant les pieds sur terre. La musique reste ma passion, mais la réalité quotidienne exige de la stabilité. Je monte sur scène quand la diaspora ou les promoteurs m'invitent — festivals, tournées, événements communautaires. Cet équilibre me convient parfaitement. Il me permet de rester connecté au monde réel tout en préservant l'essentiel — cette flamme que j'ai pour le tsapiky depuis mes débuts à Ampanihy. Une double vie, oui. Mais une vie pleine.

2026 est une année chargée côté engagement humanitaire. Concerts de levée de fonds, soutien à l'Université d'Ampanihy, célébration des dix ans de la FIZAA à Toamasina — c'est votre façon de rendre au Sud ce que le Sud vous a donné ?
Exactement. La musique m'a tout apporté — la reconnaissance, les voyages, les rencontres. Il est normal que je rende au pays ce qu'il m'a donné. Le Sud de Madagascar a des besoins immenses — en eau, en éducation, en infrastructures. Si ma guitare peut servir à financer un puits ou une salle de classe à Ampanihy, alors elle aura servi à quelque chose de plus grand que moi. Qu'importe la distance, la musique reste ce pont infini qui rassemble. Ma trajectoire est accomplie — mais le voyage, lui, continue.

Propos recueillis par Tatiana Randriamanankajasoa

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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