Quand THT annonce une pause fin 2023, Sphynx ne pose pas le micro. Il le reprend autrement. Avec Manantena, treize titres sortis le 26 décembre dernier, le rappeur signe son premier vrai chapitre solo — plus intime, plus libre, plus affirmé.

Dix ans en collectif, ça forge. Mais ça contraint aussi. Au sein de THT, les règles du jeu étaient claires : couplets limités à 16 mesures, thèmes discutés, refrains partagés. Une discipline formatrice — le genre d'école que beaucoup de rappeurs n'ont jamais connue — mais qui laissait peu de place à l'errance créative. « On ne peut pas toujours développer pleinement une idée », reconnaît Sphynx. Dès 2021, il commence à poser des punchlines en parallèle. Des titres solo émergent, d'abord comme un complément discret. Puis vient Taratasy. Le morceau touche — au point d'intégrer la setlist scénique de THT. Signal faible, mais clair : son univers personnel peut exister sans diluer l'identité collective.
La pause du groupe transforme cette intuition en conviction. Manantena arrive comme une relance — le mot est de lui. « Une manière de prouver que mon univers solo pouvait aussi toucher », déclare-t-il. Treize titres soigneusement ordonnés, construits comme un arc narratif : la motivation personnelle d'abord, puis un élargissement vers un message collectif. Sept morceaux abordent frontalement l'espoir, la persévérance, l'accomplissement. Le genre de sujets qu'on n'associe pas toujours au rap malgache — et c'est précisément l'intention. « Les jeunes ne sont pas obligés d'être héritiers, riches ou diplômés pour réussir. Il faut commencer, agir, croire en ses rêves », balance le rappeur.
En solo, la liberté de flow est totale. Couplets étendus, refrains assumés seul, collaborations choisies — Illicit Soul et d'autres beatmakers qui renforcent l'ancrage hip-hop sans rompre la continuité avec THT. Pour la scène, deux configurations : l'une avec DJ, l'autre avec basse et guitare, pour ancrer encore davantage son univers. Manantena existe en streaming, mais aussi en version collector sur clé USB. Un clin d'œil au support physique à l'ère du tout-numérique — ou une façon de dire que certaines choses méritent qu'on les tienne dans les mains. La stratégie est à l'avenant : showcases intimistes, fanbase consolidée plutôt qu'élargie à tout prix. « Je veux créer une vraie proximité », explique-t-il. Quant à THT — « ce n'est qu'une pause », assure-t-il.
Lucas Rahajaniaina