Rindra Rambeloson : Une vie à en faire toute un film
16 octobre 2024 // Cinéma // 7891 vues // Nc : 177

Batardes. C’est une histoire d’évasion, de sororité, un retour vers les lieux où a grandi Rindra Rambeloson. Ce réalisateur a décidé, pour plus d’une raison, de créer un road-movie de 23 minutes sur la route nationale une. Un court-métrage qu’il a travaillé lui-même, et présenté au public d’Antananarivo en septembre dernier, au Cinepax Ambodivona, et bientôt, au public international dans trois festivals.

Le film commence sur une musique de Rolf : il s’ouvre sur Rova, une personne douce et attachante, et sa peinture. Son interprète confie son lien avec le personnage : « Je me suis inspirée de… Stéphanie Razakaratrimo (elle-même), et il y a, bien sûr, des souvenirs que je tire de mon vécu. Il paraît que plus un acteur grandit, plus il a de choses à raconter. » Sortante de l’Ecole Agence Artistique EKAA, avec Onisata Andria, et de Nirihasina Rakotoarimalala, elles incarnent, à trois, le rôle de sœurs : trois personnalités, trois histoires, qui se retrouvent, le temps d’un voyage sur la route d’Ampefy. Mais d’un road-movie à une histoire de famille, rien, dans les Batardes, ne tombe dans le hasard. « J’ai commencé à l’écrire lors d’un voyage en passant par Ampefy. Je me suis dit « un jour, je ferai un film ici », et l’idée la plus évidente était un road-movie. Il y a également ce rêve d’enfant, l’envie de faire un film à Imerintsiatosika, là où j’ai grandi. Et donc pourquoi ne pas relier ces deux endroits – Imerintsiatosika et Ampefy – dans un même film ? » explique Rindra Rambeloson, le scénariste et réalisateur.

L’émotion, le paysage, la musique et des détails qui n’échappent pas, Batardes est un road-movie, comme on aime les voir, mais qui, dès qu’on connaît ses intentions, ne peut que toucher. « J’ai vu dans une interview quelque part sur Internet que les trois premiers films d’un scénariste ou d’un réalisateur tournent principalement autour de leur vie. Batardes s’inspire plus ou moins de mon vécu : nous sommes quatre frères dans la famille, et il nous est arrivé, bien souvent, de nous bagarrer. Mais une fois réunis, on a découvert qu’on pouvait faire de grandes choses ensemble : et c’est là même le sujet du film, un quiproquo entre frères où soit on laisse les conflits nous déchirer, soit on retisse les liens, et là, plus rien ne peut les détruire. » C’est une histoire de rédemption, de résilience, de rupture, et de réunion. Batardes est un travail de huit mois, à l’écriture, à la production, et à la post-production.

C’est un scénario six fois réécrit, accompagné par le coproducteur, Franco Clerc. Un temps et des efforts rehaussés par les différentes nominations aux festivals internationaux. C’est vrai, Batardes commence tout juste sa course à l’international. En Angleterre, avec Lift Global Network, en Afrique du Sud avec le Frame Short Film, et en Californie avec le Silicon Valley Festival : le court-métrage n’est qu’à ses débuts. « Pourquoi ces festivals ? J’ai reçu des retours sur certains festivals en Afrique, où sans appui, il était difficile d’y être sélectionné. C’est toujours plus rassurant de savoir que le film sera sélectionné pour ce qu’il est, et non pour les contacts en interne. » Une portée à l’international auquel Rindra Rambeloson rajoute : « C’est aussi, en quelque sorte, une façon de promouvoir Madagascar et de faire une archive de cette belle route nationale, avant qu’elle ne s’abîme à son tour. »

Mais pour un réalisateur qui a longtemps été directeur de la photographie, le film est resté une belle expérience. Rindra Rambeloson a toujours ce petit penchant pour la technique : « Il y a des jours où je ne me sens bien que quand je tiens la caméra : l’avantage d’être avec une équipe avec laquelle j’ai toujours été proche – le Meetika Studio – c’est que nous avons plus ou moins la même vision des choses. » Et parfois, si le décor et la lumière ne correspondent pas, on finit par en créer, pour mieux correspondre à son regard. Et derrière tout cela, les inspirations du réalisateur sont tout aussi grandes : « Dans les valeurs que je défends : j’ai cette envie de partager pour un public normal, un public malgache, tout en se développant pour correspondre aux normes internationales. » Le réalisateur est déjà en phase d’écriture de son prochain film, cette fois un long-métrage qui développera un des folklores malgaches. Encore dans les nuages, Rindra Rambeloson mène son film, son pays, son histoire et son terrain de jeu en étant enfant, aux yeux des experts internationaux.

Rova Andriantsileferintsoa

Facebook (également contact sur Instagram,
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