Rajo Rajaonarivelo « Permettre aux artistes de gagner de l’argent »
2 avril 2023 // Grande Interview // 6066 vues // Nc : 159

Avec l’application Moozik développée par la start-up Manoova, les artistes malgaches pourront désormais être rémunérés grâce à leur musique. Tout comme Deezer ou encore Spotify, des applications de streaming musical internationales, cette application 100 % malgache est adaptée à la réalité locale comme l’explique Rajo Rajaonarivelo, fondateur de Manoova. Une révolution dans l’industrie musicale malgache.

Manoova, en quelques mots ?
Manoova est une startup créé en 2021 qui pour objectif d’éditer avec développement interne et développement externe, des applications  destinées aux  professionnels et au grand public pour les aider dans leur vie quotidienne.
Une de nos applications les plus connues aujourd’hui, c’est ticketplace, une plateforme web de vente de tickets électroniques pour tous types d’évènements.
Lancée l’année dernière, nous sommes à plus de 650 000 tickets vendus soit plus d’une centaine d’évènements. Cette plateforme facilite le travail des organisateurs et la vie des spectateurs. Dernièrement, nous avons lancé ticketplace MP donc à travers Messenger de Facebook à partir du moment où il n’y a pas encore de réservation. Mais nous sommes en train d’étudier ce côté-là.

Moozik, une application pour les artistes malgaches ?
Dans l’activité musicale de Manoova, il faut séparer deux choses : la partie agrégation et la partie édition d’applications. Nous sommes en train de finaliser le développement de Moozik, une application de streaming musicale audio et plus tard, vidéo comme Spotify ou encore Deezer. Le but, c’est de mettre en avant les artistes locaux même si certains sont déjà présents sur ses applis mondiales, ce n’est pas pour autant qu’ils sont visibles. Il faut savoir que sur Soptify, c’est 40 000 œuvres mises en ligne par jour. Avec Moozik, l’artiste malgache aura sa propre page avec ses albums, ses titres et en même temps, nous faisons la promotion dans les playlists pour qu’il ait plus de chance d’être écouté. Par exemple, nous faisons des recommandations par rapport à ce que les auditeurs écoutent, ce qu’ils partagent ou ce qu’ils aiment.

Une collaboration avec Universal Music Africa ?
En travaillant sur Moozik, nous nous sommes rendu compte que les artistes pouvaient gagner de l’argent et que c’était possible de le faire en distribuant au niveau international sur les plateformes mondiales. Donc, nous nous sommes rapprochés d’Universal Music Africa et de sa filiale Virgin Music Africa pour un partenariat et c’est de là qu’est née Renala Music, la marque utilisée pour la partie agrégation. Nous collectons les œuvres à Madagascar et Universal Music Africa les distribue au niveau des plateformes internationales. En même temps, tous les artistes qui ont contracté avec nous dans Renala Music seront également distribués dans Moozik sans passer par Universal Music Africa.

A part Moozik, les artistes seront aussi présents sur l’appli Digster…
Universal Music Africa possède également une application de téléchargement de playlist qui s’appelle  Digster présente dans 17 pays et bientôt à Madagascar, nous allons faire le lancement dans les prochaines semaines. Toutes les œuvres des artistes seront également distribuées sur cette application. En fait, les artistes qui travaillent avec nous ont la possibilité de choisir d’être distribué sur Moozik, sur les applis internationales ou les deux.

Comment s’inscrire sur Renala Music ?
La démarche est simple. Nous avons mis en place un point de contact au niveau de Mass’in Music à Akorondrano et dans les prochains jours, une plateforme web va être lancée pour permettre aux artistes d’envoyer directement leurs œuvres et signer le contrat de partenariat avec Renala. Par contre, il y a des spécifications techniques que les artistes doivent respecter. Quand ils vont à Mass’in Music et bientôt sur la plateforme, ils verront ses spécifications que ce soit pour la qualité des sons et des images qui sont bien sûr, très importantes. Aujourd’hui, dans le catalogue, il y a une cinquantaine d’artistes malgaches. Nous avons commencé la mise en ligne de six groupes et artistes et dans trois mois, une bonne centaine d’artistes seront sous le label Renala Music.

A chaque écoute, une rémunération ?
On appelle cela des royalties. Un partage de revenus entre nous et ces artistes-là par rapport au revenu collecté. Pour le moment, ce n’est pas encore possible de donner un montant exact de ce qu’un artiste va toucher, cela dépend du nombre d’écoutes, des formules ou des forfaits que les auditeurs choisissent sur les plateformes. Ce sont les statistiques d’écoute qui vont déterminer le montant global de revenus. Sur ces plateformes-là, il y a des formules gratuites et des formules payantes comme des abonnements. Il y a aussi des formules gratuites avec des publicités que l’utilisateur ne paye pas dont les revenus sur les publicités sont reversés.  Les royalties, ce sont les plateformes qui reversent à Renala Music et nous les redistribuons. Sur les revenus nets qui vont être reversés par ces plateformes-là, 95 % seront reversés aux artistes et 5 % pour Renala Music en termes de frais de gestion.

A différencier des droits d’auteur…
Il faut séparer les royalties qui rémunèrent les propriétaires de l’enregistrement soit le producteur et  les droits d’auteur qui rémunèrent les auteurs-compositeurs. Celui qui exploite une œuvre doit toujours payer les droits d’auteur. Les plateformes internationales vont payer les droits d’auteur à l’OMDA par l’intermédiaire des organismes de gestion des droits d’auteur. Par exemple, pour la France, c’est SACEM qui collecte les droits d’auteur directement à l’OMDA puisqu’ils ont un accord de collaboration et de réciprocité. Pour les œuvres étrangères exploitées à Madagascar, OMDA collecte les droits d’auteur et les reverse à SACEM qui redistribue et inversement. En tant que Moozik, nous reversons directement à l’OMDA.

Le streaming musical, un marché en plein essor ?
Aujourd’hui, le streaming musical a dépassé tous les autres supports CD, DVD… Dans le monde, si on fait la somme du nombre de temps utilisé et dépensé par les auditeurs pour écouter de la musique, plus de 60 %, c’est du streaming. Les gens se détachent de plus en plus des médias traditionnels et comme toute tendance, ce mode de consommation est de plus en plus présent à Madagascar.

Mais il faut s’adapter aux réalités malgaches ?
Oui, le marché malgache n’intéresse pas forcément les grandes plateformes et n’ont pas d’offres spécifiques pour Madagascar. Les formules sont affichées en euros ou en dollars, les forfaits sont comme en France ou ailleurs, c’est-à-dire mensuel. Or, nous constatons que les Malgaches sont plutôt intéressés par les forfaits hebdomadaires voire journalier. Donc, c’est ce que nous allons proposer avec Moozik et Digster, adapter les offres à la réalité malgache. Il en est de même pour les moyens de paiement. Souscrire à un forfait Deezer demande une carte bancaire mais ce n’est pas toute la population malgache qui possède une carte bancaire. On travaille avec les opérateurs pour le Mobile Money et pour  transformer le mobile air time en forfait. Par exemple, si j’ai du crédit téléphonique 1000 ar, je peux acheter un forfait.

Les chiffres du streaming musical mondial

Spotify est le leader sur le marché du streaming musical avec plus de 195 millions d'abonnés payants actifs au service, pour plus de 450 millions d'utilisateurs réguliers au total (en comptant ceux qui profitent de l'offre gratuite) (Source : Midia Research)
Spotify reste en tête avec la part de marché la plus élevée  (31%). Apple Music est loin derrière avec 15% de part de marché. Amazon Music suit en 3ème position à égalité avec Tencent pour 13% des parts de marché.  (Source: Midia Research)
Le continent africain constitue le 5ème marché du streaming mondial. 37% du marché de musique enregistrée. Mais le marché du streaming est très peu développé par manque d’infrastructures et connexion internet faibles, système d’abonnement et compte bancaire, crédits internet mobile limités et piratage élevé. (Sources : Le bureau export)
La taille du marché mondial  du streaming musical  devrait atteindre 80,6 milliards USD en 2028 et enregistrer un TCAC de 16,5 % sur la période de prévision. (Source : Reports and Data.)

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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