GameNaka : Les rêveurs de pixels
20 juillet 2025 // Grande Interview // 3944 vues // Nc : 186

À Madagascar, créer un jeu vidéo relève souvent du parcours du combattant. Alexandre Riri Jemisson, secrétaire général de l’association GameNaka, y croit pourtant dur comme fer. Son objectif : rassembler, former et faire émerger une nouvelle génération de créateurs malgaches. Entretien avec un passionné qui rêve d’un écosystème local solide et solidaire.

C’est quoi GameNaka ?
L’association donne de la visibilité aux développeurs de jeux vidéo malgaches. On organise aussi, à l’occasion, des ateliers de renforcement payants. Les membres de GameNaka sont surtout des développeurs, mais aussi des entrepreneurs et porteurs de projets issus de divers domaines. On les accompagne avec des conseils, des petites formations et des rencontres pour faire avancer leurs idées. On aide aussi à faire tester leurs jeux, grâce à notre communauté de testeurs à la Tanière du geek. Les créateurs reçoivent ainsi des retours précieux, venus de gamers et de pros du secteur.

Les jeux vidéo, c’est toute une industrie ?
La création d’un jeu commence par une idée et surtout par le game designer, l’architecte du projet. C’est lui qui imagine l’univers, rédige le document de base, puis crée un petit prototype. Ensuite vient le développement, qui concerne surtout l’histoire, les dessins, les mécaniques, la musique… tout est coordonné avec les différentes équipes.

Beaucoup pensent qu’il faut savoir coder pour créer un jeu, mais ce n’est pas le cas. C’est un domaine vaste, encore mal connu à Madagascar. Il faut surtout des idées originales. J’aime dire qu’il faut réapprendre à rêver comme un enfant, et laisser l’imagination faire le reste.

C’est un marché faste… ?
Pour l’instant, on ne gagne pas grand-chose. La commercialisation dépend du projet. Ca va de un à cinq ans pour les petits jeux, jusqu’à vingt ans pour les plus ambitieux. Mais le vrai souci, ce sont les droits d’auteur. Dès qu’on vend un jeu, il peut être craqué et revendu. Cette année, on n’a pas intégré la commercialisation dans Game Load, mais on a choisi de parler davantage du marché du jeu vidéo, encore méconnu. L’association reste autonome grâce aux événements et prestations, surtout à l’échelle locale.

Quid du marché international ?
Les produits internationaux sont d’un autre niveau. On peut essayer de rivaliser, mais le manque de budget et de soutien local reste un vrai frein. À l’étranger, comme en France, les streamers et le grand public soutiennent les jeux, les diffusent, en parlent. Ici, c’est moins automatique. Mais il y a une lueur. Le studio Red Raketa a décroché un contrat avec Newtales, un éditeur. Leurs jeux sortiront sur toutes les plateformes. C’est une première à Madagascar. Une porte s’est entrouverte, et ça peut donner de l’espoir à d’autres studios.

Quelles sont donc les activités en cours ?
Pour l’instant, on reste concentrés sur les ateliers, la mobilisation et la vulgarisation du métier. Lors des événements, on essaie d’intégrer tout le monde, notamment via des formations pratiques dans les lycées publics. J’appelle ça des ateliers coaching. Les jeunes ont leurs idées, nous, on les guide. L’objectif, c’est de bâtir une vraie communauté soudée, qui se soutient jusqu’à ce que les studios et créateurs puissent vivre du métier. Les métiers artistiques sont souvent négligés ici, mais les jeunes game designers ont un vrai potentiel.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : GameNaka
Contact : +261 34 27 285 34

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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