Prisca Ratovonasy : Tantara et identité
3 mars 2026 // Arts de la scène // 43 vues // Nc : 194

Entre la nostalgie et les questions identitaires, il y a « Au fil des maux de la culture », une série radiophonique, une fiction, imaginée par la scénariste et réalisatrice autodidacte, Prisca Ratovonasy. Basée en France, elle s’inspire de son pays natal, Madagascar, pour proposer un drame qui fera le tour des festivals cette année, produit par Parallèle.

Entre Prisca Ratovonasy et les « Tantara gasy », il ne s’agit pas d’un simple souvenir d’enfance. C’est une fidélité. Née à Madagascar, elle se rappelle ces rendez-vous hebdomadaires près de la radio, avec sa grand-tante et sa mère. « On essayait, avec mes cousins et cousines, de grapiller un maximum de temps pour ne pas aller se coucher », sourit-elle. Le récit comme refuge, déjà. À neuf ans, elle change de décor. La France, la différence, un nouvel apprentissage. Mais les souvenirs, eux, ne s’effacent pas. « Je parlais souvent en malgache en cachette dans ma chambre. Je prenais des cailloux, je dessinais à la craie et je faisais des Tantara. C’était ma façon de continuer à pratiquer la langue malgache », fait-elle savoir. Cette mémoire vivante, presque clandestine, irrigue aujourd’hui son travail.

Après un premier podcast remarqué, Les enfants des bruits et de l’odeur, Prisca se tourne vers la fiction avec Au fil des maux de la culture. Une série de dix épisodes de vingt minutes, écrite en collaboration avec Manal Kalou, spécialiste de l’audiovisuel. Elle y raconte le parcours de Noro, metteuse en scène et mère célibataire d’origine malgache, confrontée aux injonctions multiples alors qu’elle monte un spectacle. « L’histoire traite de thématiques différentes sur ce que les personnes issues des diasporas peuvent traverser », résume-t-elle. Son approche n’a rien d’improvisé. « J’ai commencé à travailler sur ces questions d’identités diasporiques pendant mes études en psychologie », explique-t-elle, évoquant aussi ses années passées au Vietnam, décisives pour affiner son regard. Deux ans d’écriture, des interviews dans plusieurs pays : la fiction s’ancre dans le réel.

La force du projet réside dans son travail sonore. « C’était important d’enlever l’image et de créer uniquement avec les voix et les sons. On a utilisé les micros comme une caméra, pour travailler la profondeur, les distances, l’épaisseur du son », expose l’artiste. Avec son ingénieur du son, elle construit une narration immersive, précise, presque tactile. Le titre s’inspire du fil du lamba, « qui crée des choses qui restent dans le temps et nous accompagnent de la naissance jusqu’à la mort ». Si la série est en français et en anglais, Prisca y voit un hommage à sa culture, et à sa mère. En pleine production, elle lance d’ailleurs un appel à des acteurs malgaches pour incarner les parents de Noro. Manière de rester fidèle à la source. Toujours.

Rova Andriantsileferintsoa

Contact : prisca@tantara.fr

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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