À Madagascar, des milliers de jeunes bacheliers n'ont jamais touché un ordinateur. Depuis 2022, l'association Passerelles Numériques leur ouvre une porte — étroite, exigeante, mais réelle — vers le secteur le plus porteur de l'économie mondiale.

Une salle. Des écrans. Des jeunes appliqués qui, il y a quelques mois encore, n'avaient jamais posé les mains sur un clavier. Nancy Tatiana Fenohasina, bachelière venue d'Ambatondrazaka, est l'une d'eux. « Il est vrai que c'est différent de ce que nous avons appris au lycée, mais ça passe grâce aux enseignants et aussi en y mettant un peu du sien, en faisant des recherches », confie-t-elle avec une tranquillité qui dit beaucoup sur le chemin déjà parcouru. Le contexte est que, selon la Banque mondiale, le secteur des services informatiques a connu une croissance deux fois plus rapide que le reste de l'économie mondiale, avec un rythme de création d'emplois six fois supérieur. Des chiffres que Passerelles Numériques a pris au sérieux — peut-être plus tôt que beaucoup d'autres. Depuis 2022, l'association sélectionne de jeunes défavorisés issus des 18 régions de la Grande Île pour les former et les insérer dans ce secteur en pleine expansion.
La sélection ne se fait pas à la légère. Critères de vulnérabilité, entretiens, visites à domicile — on ne rentre pas chez Passerelles Numériques par hasard. Nancy Tatiana a été choisie parmi une cinquantaine de candidats, après une sensibilisation organisée dans son lycée. « Nous sensibilisons et formons les jeunes dans l'objectif de leur permettre une insertion professionnelle dans le milieu du numérique, tout en répondant à un besoin criant de compétences dans le secteur », explique Lanto Rakotoandriana, directeur pays de l'association. Ce qui attend les sélectionnés : quatre années de formation, logement inclus. Dix mois d'année préparatoire d'abord — une remise à niveau jugée indispensable. « Le baccalauréat n'est plus forcément garant d'une bonne qualité d'étude », dit Lanto Rakotoandriana, sans détour. Puis vient l'introduction au numérique, un stage, et enfin l'intégration dans une université partenaire jusqu'à la licence, scolarité toujours couverte. « Nous découvrons le milieu avant d'aller à l'université », résume Nancy Tatiana. Une logique inversée par rapport au cursus classique — et visiblement plus efficace.
La dimension humaine n'est pas sacrifiée sur l'autel du technique. « Nous ne faisons pas que des formations techniques, nous renforçons aussi les soft skills et les compétences humaines au quotidien », insiste le directeur. Certains élèves, rappelle-t-il, vivent loin de leurs proches pour la première fois. L'accompagnement se prolonge jusqu'à six mois après l'obtention du diplôme. Le financement, lui, reste un point de vigilance. « Nos soutiens viennent principalement d'entités externes comme l'Agence française de développement, mais nous aspirons à un financement local et restons ouverts à toute collaboration », confie Rakotoandriana. Le vrai défi, désormais, est de convaincre les entreprises malgaches de s'intéresser à ces jeunes-là. Ils ont, eux, toutes les cartes en main.
Rova Andriantsileferintsoa
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Contact : lanto.rakotoandriana@passerellesnumeriques.org /
safidy.ramarosonina@passerellesnumeriques.org