Noorina Niamut : « L’artisanat en haute définition »
7 mars 2026 // Mode & Design // 2785 vues // Nc : 194

Entre savoir-faire ancestral et esthétique contemporaine, la fondatrice de Maison Meraki Madagascar et de la marque Niama fait du raphia une matière couture. Des sacs pensés comme des pièces de collection, porteurs d’âme, d’identité et d’un regard tourné vers le monde. De l’artisanat malgache aux codes du luxe international, Noorina Niamut redessine les contours d’une mode responsable, élégante et audacieuse.

Qu’est-ce que Maison Meraki Madagascar et la marque Niama ?
Niama est une marque s’adresse à une femme qui investit dans une pièce durable, intemporelle, pensée pour durer. Chaque modèle est numéroté, documenté, réparable. Ce sont des sacs conçus pour accompagner la femme, du quotidien aux moments d’exception. En effet, je suis styliste textile de formation. Avant même de penser au vêtement, je travaille la matière, les structures, les textures. En arrivant à Madagascar, en parcourant les marchés — notamment à Analakely — j’ai été frappée par le potentiel du raphia. La matière est incroyable, mais les finitions manquaient souvent. J’ai commencé à dessiner mes propres modèles, à choisir les couleurs, puis à collaborer avec de petits ateliers. Le crochet faisait déjà partie de mon univers, transmis par ma grand-mère. Petit à petit, les sacs sont devenus de vraies pièces de design.

Quel regard portez-vous sur la mode à Madagascar et sur votre positionnement ?
À Madagascar, on n’a pas toujours accès aux grandes marques, et honnêtement, ce n’est pas un problème. Pour moi, la mode ne se résume pas à un label, mais à une attitude, à un style. On peut être élégante avec ce que l’on a. La vulgarité ou l’excès n’ont jamais été synonymes de modernité. L’élégance, c’est un équilibre subtil entre les vêtements, les accessoires, les matières et les détails. Dès le départ, c’était clair. Je ne voulais pas être perçue uniquement comme de l’artisanat engagé. Niama est une marque de mode à part entière. Nous travaillons des collections structurées, des capsules, des éditions limitées. L’ADN est profondément malgache, mais le regard est résolument international. Aujourd’hui, nous collaborons déjà avec des marques européennes et sommes présents dans des hôtels haut de gamme à Maurice.

La dimension humaine semble centrale dans votre démarche…
Totalement. Sans les artisanes, rien n’existerait. Chaque pièce est réalisée à la main, à partir de fiches techniques précises, avec un niveau d’exigence proche du luxe. Meraki signifie créer avec son âme. Chaque sac porte le temps, l’énergie, l’histoire de celle qui l’a fabriqué. L’artisanat mérite respect, reconnaissance et juste rémunération. C’est aussi pour cela que nous refusons les mannequins traditionnels. Nous voulons raconter des histoires. Montrer des femmes malgaches dans leur quotidien : une mère avec son bébé, une femme portant un sac sur la tête, d’autres en train de crocheter. Rendre ces scènes élégantes, presque glamour, sans effacer la réalité. La mode peut être désirable tout en restant profondément ancrée dans la vie réelle.

Propos recueillis par Lucas Rahajaniaina

Contact Facebook : Maison Meraki Madagascar

Laisser un commentaire
no comment
no comment - FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Lire

8 mai 2026

FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Le CCI Ivato a ouvert ses portes hier pour la 27e édition de la Foire internationale de Madagascar. Le thème choisi — « Madagascar en mouvement : les...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Ferme de la Jungle - Avril 2026 - NC 195

Découvrez la Ferme de la Jungle, dans le no comment ® NC 195 – avril 2026
Nichée à Ambohimanarina, en plein cœur d’Antananarivo, la Ferme de la Jungle de Rajaonarivony Christian offre une escapade nature surprenante : eau, verdure et animaux rares sur près de 5 hectares. Pêche, pique-nique, visites guidées… le site peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir