Ngiah Tax Olo Fotsy : Rappeur à l'état pur
10 juin 2023 // Musique // 6695 vues // Nc : 161

Juslain Totolava, plus connu sous le nom de Ngiah Tax Olo Fotsy, est originaire de la région Antsinanana (Diégo Suarez) dans le nord de l’île. Il figure parmi les icônes du rap, reconnu aujourd’hui sur la scène nationale et internationale.

De prime abord, son nom pourrait passer pour de l’ironie. Comment s’appeler Olo fotsy qui signifie « homme blanc » alors que sa couleur de peau est noire ? Ngiah Tax s’explique dessus. « Le nom est assez philosophique, car pour les Malgaches, c’est l’âme qui fait l’homme et la couleur blanche signifie la pureté.  Ngiah Tax Olo Fotsy veut donc signifier Tax l’homme pur. » Un état d’esprit qui se reflète dans ses chansons. Si, pour percer dans le rap game, les rappeurs n’hésitent pas s’inventer une vie, Juslain préfère rester « real », soit, être lui-même.

Si cet artiste connait un grand succès de nos jours, ce n’est pas un hasard. « Depuis mon enfance, j’ai toujours été bercé par la musique. Mes parents écoutaient énormément les légendes de la musique malagasy tels que Jaojoby, Ejema, Mily Clément. Durant ma jeunesse à Sambava, il y avait également un groupe dans mon quartier qui était composé de grands noms du rap comme Lousfah, Menamaso, Jah Cool, Tony Beljah. J’étais fasciné par ce qu’ils faisaient, de plus, j’adorais le style et le rythme. À cette époque, je savais déjà que j’allais en faire mon métier ». La plaque tournante de sa carrière s’est produite à l’université de Toamasina. « En 2009, je suis tombé sur un groupe d’amis qui étaient dans le rap. Leur crew (collectif) s’appelait Ampsy-Dyh. Je les accompagnais régulièrement au studio alors j’ai commencé à m’essayer à la trap, l’égo trip ainsi qu’au drill. Heureusement, j’ai continué sur cette voie et ça a lancé ma carrière qui, aujourd’hui, dure depuis 7 ans ». Pour la minute histoire, la trap est un courant musical qui a émergé du DirtySouth des Etats-Unis au début des années 2000. Quant au drill, il s’agit d’un sous-genre musical du hip-hop lancé par des rappeurs et producteurs de South Side, Chicago vers l’année 2010.

Le rappeur malgache a commencé à faire parler de lui en 2014 avec son titre « Sôra nôfotro ». Il a ensuite explosé les écrans avec son célèbre hit « Azafady » sorti en 2017, une chanson d’amour dans lequel l’homme demande pardon à sa femme. Cette initiative a largement été plébiscitée, car elle sort du contexte machiste et misogyne qui règne dans la société malagasy. « Ce titre m’a propulsé devant la scène nationale. Je suis même parti en France pour la première fois afin de réaliser son clip. Avant ça, je ne récoltais que des succès d’estime. » À savoir que la réalisation et la production du clip d’« Azafady » ont été confiées à l’équipe de Maitre Gims.

Toutefois, Ngiah Tax déplore le fait de n’être qu’un rappeur au sein de la Grande Ile. Selon lui, le rap ne paye pas assez à Madagascar. « Vivre d’une carrière de rap est assez compliqué à Madagascar. Il faut bien payer les factures et assurer une rentrée d’argent quotidienne, c’est pourquoi je me suis tourné vers les rythmes tropicaux comme le salegy, le gomalahy … Pour autant, je n’oublie pas mes racines de rappeur. Si quelqu’un avait le malheur de me clasher, je lui ferais mordre la poussière » déclare-t-il en riant.

Pour l’écriture de ses textes, Ngiah Tax s’inspire généralement de ce qu’il voit dans la société. Il y a, entre autres, la beauté de l’amour et ses lots de déception, les problèmes récurrents de la jeunesse malagasy, l’inspiration issue de l’euphorie des soirées et des fêtes qu’il anime. « Je suis quelqu’un qui voyage beaucoup. Il y a énormément de choses à raconter et la musique est le meilleur moyen pour transmettre les émotions. » Avec toute la notoriété autour de lui, le jeune homme réussit à garder les pieds sur terre et vivre une vie normale. « La célébrité me pousse vers l’humilité. Sans le soutien du public, je ne serai pas là où j’en suis actuellement. En vérité, je préfère la sympathie des gens par rapport au succès. » En exclusivité pour no comment®, il confie qu’il y a un projet sur les rails. Des artistes telles que Tence Mena y figurera en featuring. En ce qui concerne la clé du succès pour percer dans la musique, il nous donne quelques conseils. « La passion et patience. Donnez le meilleur de vous plutôt que de constamment chercher la célébrité. En fait, la célébrité, c'est comme une ruche. On ne peut pas forcer les abeilles à aller à un tel ou tel endroit. Elles choisissent elles-mêmes où elles voudront s’installer et produire le miel ».

Propos recueillis par  Girard Ravelomanantsoa

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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