Marche et Libération : Promenons-nous dans les bois
15 août 2026 // Loisirs & J’ai essayé // 48 vues // Nc : 199

Né au Japon dans les années 1980, le shinrin-yoku — littéralement « bain de forêt » — est aujourd'hui pratiqué dans le monde entier pour ses bienfaits scientifiquement prouvés sur la santé physique et mentale. Madagascar vient de rejoindre ce mouvement. Elisa Razafindrabodo et Larissa Rasoarimanana ont lancé cette année Marche et Libération, une agence spécialisée dans cette pratique — une première sur la !Grande Île.

L'histoire commence par une blessure personnelle. « En 2022, j'étais dans une période très difficile et sombre de ma vie. On m'a dit que faire des randonnées pouvait m'aider. J'ai essayé, mais c'était trop sportif — ça ne faisait pas l'affaire », raconte Elisa. Après des recherches, elle découvre le shinrin-yoku et comprend que l'enjeu n'est pas la performance physique, mais la présence. Le bain de forêt repose sur une marche lente, silencieuse, sans but ni performance — une invitation à se reconnecter à la nature à travers les cinq sens. Chez Marche et Libération, la séance commence par la « marche consciente » — pieds nus, à 1,5 kilomètre à l'heure, avec suffisamment d'espace entre les participants pour que chacun existe uniquement pour soi. « Même votre respiration ne doit pas être sentie par les autres », précise Elisa.

Vient ensuite la « pause sensorielle », environ 45 minutes d'immersion totale — écouter les oiseaux, sentir la terre, observer les rayons de soleil filtrer à travers les feuilles. Ce moment n'est pas qu'une pause poétique.

Une baisse significative du taux de cortisol, l'hormone du stress, a été observée après seulement 40 minutes de marche en forêt. Les forêts libèrent aussi des phytoncides — composés organiques volatils émis par les arbres — qui stimulent les cellules NK, ces cellules tueuses naturelles du système immunitaire. La troisième étape, la « libération émotionnelle », invite à un contact direct avec les arbres — certains les touchent, d'autres vont jusqu'à les étreindre.

« Toujours pieds nus, on se tient debout à côté de l'arbre, en se prenant nous aussi comme un arbre. Et un arbre, qu'est-ce qu'il ferait en cas de stress ? Il envoie ses soucis par ses racines sous terre, et puise les énergies positives qui guérissent », explique Elisa. Des larmes coulent parfois pendant cette étape — signe que quelque chose s'est libéré.

Marche et Libération a déjà investi les forêts du Rova d'Ambohimanga et de Mandraka, deux sites où la forêt primaire offre les conditions idéales. Les praticiens recommandent un minimum de trois heures pour ressentir les premiers effets véritables, et les bienfaits d'une séance peuvent persister jusqu'à une semaine. Un véhicule transporte les participants jusqu'à l'entrée de la forêt, où un briefing pose les règles — dont la plus symbolique : aucun téléphone pendant toute la durée de l'activité.

Un photographe discret capture néanmoins quelques moments pour ceux qui le souhaitent. Le public cible est varié — personnes souffrant d'hypertension, d'asthme, de stress chronique — mais l'activité reste ouverte à tous. « C'est un concept nouveau à Madagascar, donc pas encore très vulgarisé. Mais ceux qui l'avaient fait avec nous déclarent ouvertement leur satisfaction », confie Elisa. Dans une île dont les forêts primaires figurent parmi les plus riches de la planète, la thérapie forestière a peut-être trouvé son terrain idéal.

Solofo Ranaivo

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