Mandrakizay Doria : A tout jamais
10 mars 2026 // Cinéma // 46 vues // Nc : 194

À tout jamais. C’est une histoire qui perce le temps et la tête de son public pour lui soutirer une larme. Projetée pour la première fois le 31 janvier au Cinepax Ambodivona, cette adaptation d’une pièce de théâtre par Franco Clerc, produite par Films and Comics, réécrit la romance « façon malgache » au cinéma.

Ce n’est pas une histoire à la Roméo et Juliette. C’en est une à la Railovy, Lala… et Ary. Si Mandrakizay Doria touche, c’est autant pour ce qu’elle suscite comme émotion que pour une passion réprimée, plongée dans trois époques différentes des Hautes Terres. Railovy (Rolland Raman), fripouille épris de Lala (Synthia Saga), fera tout pour la conquérir, quitte à demander à Ary (Stéphanie Razakaratrimo), divinité peut-être rapportée à nos Zanahary, de lui offrir un pouvoir. Tous trois sont des talents de l’école-agence artistique EKAA.

Écrite, à l’origine, par Joey Aresoa, Synthia Saga et Rolland Raman pour le théâtre, l’histoire réunit des envies et des passions sur une même scène : « Nous nous sommes mis au défi de monter un spectacle mêlant le kabary, pratiqué par Synthia Saga, la magie, étant moi-même illusionniste, et la culture malgache », explique Rolland Raman. Puis est née Mandrakizay Doria, une adaptation signée Franco Clerc.

« Je reconnais Franco Clerc comme je l’ai toujours connu : la magie, la mythologie… Ce film, c’est lui », confie Hemerson Andrianetrazafy à la sortie de la salle. C’est une pièce qui a déjà su convaincre son public, que le cinéaste a reprise en y insérant ses propres références. « J’ai longtemps voulu faire un Cyrano de Bergerac malgache, avec du kabary, du vakodrazana et un homme aux gestes et à la parole faciles », confie le réalisateur en riant. Le film ne tombe pas dans le cliché, appuyé par les petites mains derrière, celles de Joey Aresoa aux costumes, Nirihasina Rakotoarimalala et Mihamintsoa Rakotoniaina, déjà reconnue pour son travail dans le long-métrage Joe.

« Ensemble, elles ont fait un travail au-delà de l’imaginable, allant jusqu’à habiller tout un village », continue-t-il. Franco Clerc choisit une mise en scène peu compliquée mais riche. « Pour montrer les années 1800, je me suis inspiré des peintures de Raparivo. Pour les années 60, nous avons beaucoup travaillé sur le look des personnages, dont celui de Lala, inspiré de celui de Botovoahangy Rajaobelina, la première Miss Madagascar », précise-t-il. L’artiste n’oublie pas pour autant ce qui l’a forgé : les films hollywoodiens des années 50. Sur tout cela se sont créées une heure et cinquante minutes captivantes, que quelques incompréhensions n’ont pas réduites à néant.

Et cette nouvelle proposition est rehaussée par un Railovy vulnérable, un Rolland Raman comme on ne l’a encore jamais vu. Entre un vrai spectacle de magie, quelques improvisations et un silence qui parle, le vrai défi de Franco Clerc a été de matérialiser Ary qui, dans la pièce d’origine, n’était qu’une voix. « Je raffole des mythologies, et j’avais cette envie, depuis quelque temps, de les remettre au goût du jour par le cinéma, où qu’elles soient sur l’île. » Une production entièrement locale, projetée au Cinepax depuis la Saint-Valentin, bientôt partout à Madagascar et peut-être à l’étranger. Ce premier long-métrage pose les lignes directrices de Films and Comics pour « un cinéma qui nous ressemble », selon Franco Clerc. Et une chose que Mandrakizay Doria a laissée, à part une histoire propre à la Grande Île, c’est un peu… beaucoup d’espoir pour du contenu et un cinéma de qualité à Madagascar.

Rova Andriantsileferintsoa

Contact : Films and Comics

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Lire

9 mars 2026

Tantely Rakotoarivelo : Rahely en lumière

Tantely Rakotoarivelo rend hommage à sa grand-mère avec une collection portant son nom. « Les personnes bienveillantes, dit-il, restent immortels dans...

Edito
no comment - Conte de fake

Lire le magazine

Conte de fake

Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

No comment Tv

Interview - ILLICIT SOUL - Février 2026 - NC 193

Découvrez ILLICIT SOUL, groupe de musique, dans le no comment® NC 193 - février 2026.
Depuis 2024, Meji, Fat Killah, HMan, trois producteurs de musique, font tourner Illicit Soul comme on ferait tourner un vinyle rare. Un crew avec le flair pour dénicher les talents malgaches, une idée forte, presque clandestine, et un concept sans équivalent. Un goût de Rhum Vanille, corsé mais maîtrisé.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir