Mahasahy Afido : En chair et sans os
2 octobre 2026 // Arts de la scène // 47 vues // Nc : 201

Le corps humain a parfois de drôles de manières de raconter une histoire. À l’IFM, Mahasahy Afido a présenté « Mue », son « premier bébé », une pièce solo de 30 minutes qui a permis au public de découvrir pleinement ce chorégraphe. Il en a laissé plus d’un bouche bée, entre contorsions spectaculaires et mouvements de contorsionniste sans os apparent.

Bone breaking. Littéralement, « brise-os ». Le nom est plutôt dissuasif, mais rassurons les âmes sensibles, personne ne casse rien. Né dans la culture flexing de Brooklyn, ce langage corporel pousse les articulations et les torsions à leurs limites visuelles. Chez Mahasahy Afido, l’arm-twisting (torsion des bras) côtoie le wrist bending (la flexion des poignets) et les shoulder rolls (roulement d'épaule), dans une succession de rotations, d’hyperextensions et de déformations si précises qu’on se demande parfois si l’anatomie n’est finalement qu’une suggestion. Un bras se replie, l’épaule gauche semble sortir de son axe, la cage thoracique se contracte et se déforme. Dans la salle, les réactions se dispersent. Certains se cachent les yeux, d’autres lâchent un cri, quand les plus téméraires applaudissent. Le corps d’Afido fait rarement dans le consensus.

Cette étrangeté physique n’est pourtant pas une fin en soi. Elle constitue la matière première de « Mue », son premier véritable solo, présenté lors de la troisième édition du festival Temps Fort Danse à l’Institut Français de Madagascar. Inspirée par le serpent qui abandonne sa peau, la pièce parle des jeunes artistes qui cherchent leur place, avec leurs doutes, leurs peurs et cette nécessité de se réinventer. « Le serpent change de peau une multitude de fois avant d’atteindre sa version la plus forte. Mue parle des étapes, des peurs, mais aussi des transmissions entre générations et du lien essentiel avec nos ancêtres », explique Afido. Créée en deux semaines intensives puis affinée au fil des représentations, la pièce avait déjà été esquissée au Forestival et au CGM. Derrière les torsions spectaculaires se dessine donc une histoire de passage, presque une affaire de peau.

Avant de devenir ce drôle d’élastique humain, Afido a commencé par le breakdance. Son premier contact avec la danse remonte à la classe de 9ᵉ, puis il rejoint One Set Crew en 2015, sous le mentorat de B-Boy Andry. Battles nationaux, entraînement et culture hip-hop forgent alors le jeune B-Boy. Mais en 2021, le mouvement change de direction. « J’ai commencé en tant que breakdancer, mais en 2021, un virage s’impose. J’avais envie d’explorer la danse de création, d’aller au-delà du sol et des power moves », raconte-t-il. Sa souplesse naturelle l’amène vers le bone breaking, avant de l’intégrer à une approche plus contemporaine et expérimentale au sein de la compagnie Katrakala. Une prestation remarquée à La Réunion en 2024 contribue ensuite à le faire repérer hors de Madagascar. Désormais, son ambition est aussi de transmettre. « J’aspire à devenir le pilier de cette discipline à Madagascar et à former la relève. » Ateliers, workshops et masterclasses sont au programme. Parce qu’après avoir appris à faire parler son propre corps, Afido veut maintenant donner la parole à ceux qui arrivent.

Tatiana Randriamanakajaso

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