Tsiaro Fanomezantsoa, alias Kimi, a été Championne d'Afrique de Tekken en 2023 et Ambassadrice e-sport d'Orange Madagascar. À 21 ans, cette étudiante en Management casse les codes d'un univers encore largement perçu comme masculin. Rencontre avec une joueuse qui vise l'EVO — et qui n'a pas l'intention de s'arrêter là.


Tekken plutôt que les autres jeux de combat. Pourquoi ce jeu précisément ?
J'ai déjà essayé Mortal Kombat et d'autres jeux du genre. Mais Tekken est le seul qui m'a vraiment scotchée. Le graphisme n'est pas pareil — il y a quelque chose, je ne saurais pas exactement quoi, qui me retient dans cet univers. Et au niveau du gameplay, c'est une toute autre histoire. Dans Tekken 7, mon personnage principal était Katarina. Un personnage qu'on dit souvent conçu pour les débutants — les commandes sont simplistes, les exécutions accessibles, bien adapté à mes petites mains. Mais quand on sait explorer toutes les possibilités qu'elle offre, Katarina peut infliger des dégâts énormes. Malheureusement, dans Tekken 8, elle n'est pas présente. J'ai donc dû trouver un nouveau main, et j'ai choisi Jun. Je m'entraîne actuellement et j'espère faire des exploits avec elle.
Racontez-nous votre parcours dans ce jeu — comment tout a commencé.
Ce n'est pas une très longue histoire, mais c'est intense. Ça a commencé pendant la pandémie de Covid-19. On n'avait école que le matin — l'après-midi, j'allais avec mes camarades dans des salles de jeux. C'est là que j'ai été initiée à Tekken. Mon tout premier tournoi date de 2022 : le Fighter. Je me suis classée 13e parmi les nombreux participants. Pas une victoire, mais un début. Puis j'ai participé au Be The Hero, organisé par Orange Madagascar. Et depuis, je suis régulière au tournoi Next Level Play — chaque fois, sans exception.

Et les tournois continentaux et internationaux ?
En 2023, j'ai représenté Madagascar au Swahili Esports Champions, un tournoi féminin de Tekken 7 organisé à Nairobi, au Kenya. Je suis sortie Top 1, après avoir battu la Kenyane Queen Arrow. Puis, en 2024, j'ai été sacrée vice-championne à l'Abena Tournament, lors de la Gamers Assembly à Poitiers, en France. Et la même année, j'ai décroché le titre de Championne d'Afrique — Top 1 — lors du Tekken Africa Queens Challenge, en novembre 2024 à Kinshasa, au Congo. La presse malgache a dit que le rêve international n'était plus un rêve. Moi, je vise encore plus grand et plus loin. Il y a des exploits encore à réaliser. Tekken n'arrête pas d'évoluer, d'apporter des éléments toujours plus surprenants. Mon prochain objectif, c'est l'EVO — l'Evolution Championship Series, le plus grand et le plus prestigieux tournoi de jeux de combat au monde. Le championnat du monde officieux pour Tekken. Je remercie Orange Madagascar de m'avoir soutenue lors de mes compétitions internationales. J'espère qu'ils seront toujours là pour les événements à venir — pas que pour moi, mais pour tous les joueurs de talent que regorge Madagascar.
Justement, parlez-nous de cette collaboration avec Orange Madagascar.
Je suis actuellement Ambassadrice e-sport d'Orange Madagascar. La persévérance que j'ai montrée, et le classement que j'ai enregistré, les ont amenés à prendre cette décision. Je réponds toujours présente au Next Level Play — c'est visiblement ce qui les a séduits. Mais au-delà de ça, Orange veut casser les stéréotypes. Une idée reçue veut que les jeux de combat soient réservés aux garçons. En me choisissant comme ambassadrice, l'opérateur prouve qu'une fille peut être aussi habile dans cette discipline. Aujourd'hui, je m'entraîne environ huit heures par semaine à la salle esport à l'Orange Digital Center de la Gare Soarano — sur PlayStation 5. Chez moi, je joue plutôt sur PC. Dans le cadre de cette collaboration, je dispense aussi des masterclass pour ceux qui veulent s'initier à Tekken. Ça me permet de partager ma passion, mais aussi de continuer à progresser. Je m'améliore en enseignant ce que je sais faire de mieux. Orange Madagascar veut appuyer les jeunes — mais surtout les passionnés.

Le jeu vidéo, ça représente quoi pour vous, concrètement ?
C'est une passion. Je suis étudiante, en Licence 3e année en Management. Je prépare mon mémoire, mais je continue à consacrer du temps à jouer — deux heures par jour en moyenne. Au début, mes parents me défendaient de jouer, estimant que j'y gaspillais trop de temps. Depuis que j'ai eu mon premier Top 3 en 2023, c'est eux qui me disent d'aller m'entraîner. Quand ils me voient ne pas jouer, ils s'inquiètent. J'ai eu mon baccalauréat au même moment — tous les arguments étaient donc réunis. Ils comprennent désormais qu'études et jeux vidéo ne sont pas incompatibles, quand on sait bien doser l'un et l'autre. Il faut juste trouver l'équilibre. Mon mantra est warrior inside. Et grâce au jeu vidéo, moi qui suis de nature réservée — voire introvertie — je m'exprime plus librement et spontanément. C'est peut-être le meilleur DLC que Tekken m'ait offert : une version de moi-même que je ne connaissais pas vraiment.
Quels ont été vos grands moments dans Tekken — le meilleur et le pire ?
Le meilleur moment reste ma première rencontre avec Kayane, star française du jeu vidéo. Elle m'a dit être fascinée par moi — surtout quand elle a su que je n'avais pas de matos. Elle m'a offert en cadeau un ordinateur gamer et un stick arcade. Un perfect inattendu. Le mauvais souvenir ? Une défaite contre un joueur que je voulais battre depuis longtemps. J'étais sur le point de gagner quand j'ai fait une erreur bête — tellement j'étais stressée à l'idée de remporter la victoire. J'étais à deux doigts du KO final quand tout s'est effondré. Je suis de nature à avoir beaucoup de trac. C'est mon talon d'Achille sur le circuit. Mais dans Tekken, comme dans la vraie vie, un round perdu ne signifie pas la partie terminée.
Propos recueillis par Solofo Ranaivo