L’InterProfession Aviaire de Madagascar (IPA) ambitionne de structurer et de développer la filière avicole moderne, un secteur clé pour l’autosuffisance alimentaire de Madagascar. Créée en 2023, cette association interprofessionnelle regroupe les acteurs majeurs du secteur, de la production de poussins à l’alimentation animale, en passant par les éleveurs et distributeurs. Entretien avec Franck Razanamino, le président de l’IPA (P), et un éleveur membre de l’association (E).
Qu’est-ce que l’IPA Madagascar et pourquoi avoir créé cette association ?
P : L’IPA Madagascar est une association interprofessionnelle qui rassemble l’ensemble des acteurs des filières avicoles modernes, notamment la production de poules pondeuses et de poulets de chair. C’est une organisation à but non lucratif, fondée en 2023 par plusieurs sociétés industrielles du secteur, telles que LFL Madagascar, Avitech, Agrivet, Agrival, Arbiochem et Activo. Notre objectif principal est de structurer la filière et d’en faire l’acteur et le fédérateur du développement avicole à Madagascar. Nous souhaitons améliorer l’efficience de la filière et en assurer la promotion.
Quel est le contexte actuel de la filière avicole à Madagascar ?
E : La filière avicole est encore largement dominée par l’informel. Il y a un manque de clarté dans les règles du jeu, notamment sur le plan fiscal et douanier, ce qui n’encourage pas les investissements. De plus, nous faisons face à une spéculation difficilement contrôlable sur le maïs, qui est la matière première principale de l’alimentation animale, et nous dépendons presque entièrement des importations de tourteau de soja, avec 95 % de nos besoins couverts par l’étranger.
Un autre défi est la perception négative du poulet de chair par la population malagasy. Beaucoup pensent qu’il est traité avec des produits chimiques et des hormones, alors que ce n’est pas le cas. Cela freine la consommation, qui reste très basse : seulement 20 œufs par habitant par an contre une moyenne mondiale de 161, et 2,5 kg de poulet par habitant par an, contre 13 kg au niveau mondial (OCDE).
Quels sont les principaux objectifs et stratégies de l’IPA pour améliorer la situation ?
P : Nous avons plusieurs axes stratégiques pour redynamiser la filière. D’abord, nous voulons faire connaître son importance auprès de tous les partenaires, que ce soit public, privé ainsi que les bailleurs de fonds. La contribution de l’aviculture représente 61,2 % du PIB du secteur élevage (FAO, 2023), et fait vivre directement plus de 15 000 ménages, soit environ 75 000 personnes. Nous visons également une augmentation de la consommation d’œufs et de poulet en atteignant l’objectif de 40 œufs et 7 kg de viande par habitant et par an, fixé par le ministère de tutelle. L’amélioration de l’accès aux matières premières est un autre défi majeur.
Le maïs représente 60 % de la composition des aliments pour volaille, mais les spéculations et le manque d’organisation des planteurs créent un déficit de 100 000 tonnes actuellement, qui pourrait atteindre 500 000 tonnes en 2030 si aucune mesure n’est prise. De même, nous devrions rendre l’importation du tourteau de soja plus compétitive en révisant les droits de douane et la TVA qui le rendent aujourd’hui trop cher. Enfin, nous voulons professionnaliser la filière en formant les éleveurs et en améliorant la chaîne de commercialisation, qui manque encore de rigueur en matière d’hygiène et de respect de la chaîne du froid.
Quel rôle joue l’IPA au niveau national ?
P : L’IPA est un partenaire de proximité des autorités publiques et privées. Nous sommes sollicités dans les discussions sur l’avenir du secteur élevage et de l’agriculture en général. Un de nos projets phares est une réforme fiscale aviaire, avec un mécanisme de prélèvement au niveau des industriels, qui permettrait d’encourager la formalisation du secteur sans qu’il y ait une perte de revenu pour l’État. Nous avons également lancé une campagne de sensibilisation pour encourager la consommation d’œufs et de poulet, en partenariat avec les chaînes nationales.
En parallèle, nous réunissons les parties prenantes pour discuter des contraintes liées aux matières premières et nous plaidons ensemble auprès des instances publiques pour trouver des solutions durables. Un autre axe essentiel est le financement externe pour la formation de 240 membres, principalement des éleveurs, sur des thématiques spécifiques. Ces formations couvrent des aspects techniques de l’élevage (techniques d’élevage, biosécurité, hygiène et qualité), ainsi que des volets agricoles pour la production de maïs à grande échelle. D’autres sujets transversaux comme la gestion et la fiscalité sont également abordés, afin de professionnaliser davantage les acteurs de la filière.
Quels sont les moyens dont disposent Madagascar et l’IPA pour atteindre ces objectifs ?
E : Madagascar a plusieurs atouts, notamment une politique axée sur l’autosuffisance alimentaire et des infrastructures comme les Zones d’Intervention d’Élevage (ZIE) et Zones d’Intervention Agricoles (ZIA), qui permettent de structurer la production. De plus, plusieurs programmes de financement comme le FEL, le FDA, Fihariana ou Miarakap peuvent aider les éleveurs à développer leurs activités. Enfin, nous avons un secteur privé dynamique et ambitieux pour améliorer la filière. Et bien sûr, les aviculteurs qui ont cette volonté de développer leurs activités.
Quels sont les défis majeurs à surmonter ?
P : Le premier défi est l’accès et la sécurisation foncière pour la production des matières premières. Nous devons aussi moderniser le système d’élevage avec plus d’accompagnement technique, d’automatisation et de digitalisation. L’environnement économique n’est pas toujours favorable aux investissements, notamment à cause de mesures fiscales et douanières peu incitatives et des difficultés liées à l’agrégation agricole. Enfin, le prix des œufs et du poulet est très instable, contrairement à d’autres filières comme le porc, le bœuf ou les poissons. Cette volatilité complique la rentabilité et la planification des investissements.
En conclusion, quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs du secteur ?
P : La filière avicole a un potentiel énorme, tant au niveau national qu’à l’exportation, comme vers les Comores par exemple qui importent encore leur poulet du Brésil. Pour exploiter ce potentiel, nous devons travailler ensemble, fédérer nos efforts et structurer la filière. L’IPA est là pour défendre les intérêts des éleveurs et du secteur, et nous comptons sur l’engagement de tous pour atteindre nos objectifs.
E : Être éleveur aujourd’hui demande du courage et de la persévérance, mais avec un bon encadrement et une structuration efficace de la filière, nous pouvons faire de l’aviculture un pilier du développement économique et social de Madagascar.
Emerick Andriamamonjy
Contact : IPA Madagascar (Facebook)