Jazz Rabibisoa s’inspire des maisons traditionnelles malgaches pour créer. En début d’année, le graphiste a publié Radama Display, une typographie qui reconnecte avec le passé.
Elle a une certaine prestance, presque royale. Radama Display est disponible depuis janvier en version gratuite mais limitée, ou en version payante. Amateur de formes géométriques, Jazz Rabibisoa s’est inspiré des maisons traditionnelles malgaches pour répondre à l’idée de « décolonisation des lettres latines » du programme The Donald Knuth & Charles Bigelow Type Design Incubator (KBI). « Il y a de l’hybridité dans Radama Display. La lettre latine est la norme dominante dans le monde. J’ai essayé de me l’approprier et de trouver une alternative qui donnerait moins cette sensation européenne et occidentale et qui serait plus rattachée à ma culture », explique-t-il. En deux mois d’incubation, Jazz Rabibisoa a réappris la typographie et ses technologies.

Concrètement, Radama Display est le fruit de recherches poussées. Déjà passionné par la culture malgache, il avait exploré le Zafimaniry et les tissus en soie sauvage, le lamba landy, pour ses créations précédentes. Cette fois, il commence par les croquis. « C’est un “e” qui m’a fait tilt. Je trouvais qu’il ressemblait aux vérandas de maisons traditionnelles, et plus tard, au trano manara (maisonnette funéraire) », raconte-t-il. Ayant grandi dans ces bâtisses en briques, il y intègre ses sensations. « Dans ma démarche créative, je ne fais pas de copier-coller, je cherche l’ambiance pour la réinterpréter graphiquement », précise le graphiste.
Créer cette typographie lui a pris environ trois mois, répartis en « 40 % de recherches, 40 % d’exploration visuelle et 20 % pour peaufiner ». Le nom rend hommage au roi Radama I, qui a introduit l’alphabet latin à Madagascar.
« Je pensais que cela lui avait été imposé, mais j’ai découvert qu’il s’agissait d’un choix stratégique pour ouvrir l’île aux connaissances et aux relations extérieures », expose-t-il. Sur son chemin, Jazz Rabibisoa a pu reprendre de vieilles typographies non numérisées, mais face au style britannique de l’époque, il choisit de créer un alphabet nouveau, ancré dans sa culture, ou du moins dans celle des hautes terres. Aujourd’hui, il poursuit ses explorations de manière indépendante, avec pour objectif de transformer sa passion en métier et devenir un typographe confirmé.
Rova Andriantsileferintsoa