Izika : Etrange, donc beau
15 août 2025 // Littérature // 8379 vues // Nc : 187

À 30 ans, Izika, originaire d’Antsiranana, tisse depuis cinq ans des fragments poétiques et des instants en prose dans des revues de l’océan Indien. Récemment revenu sur les réseaux sociaux, il choisit Instagram comme terrain d’expérimentation : une bulle où, déjà, son reflet dans une flaque annonce une écriture qui joue avec l’inversion et les multiples façons de se dire.

© Hanta Léatitia

Qui vous lit ?
On me lit parfois par amour — pour ce que je suis, ou ce qu’on projette sur moi. Ce sont souvent des proches ou des lecteurs qui retrouvent une part d’eux-mêmes dans mes fragments. Mon écriture est cryptée. Elle joue avec le langage pour brouiller les pistes, poser un voile sur l’intention. Ici, une antiphrase, là une parabole. C’est ma manière de me défendre tout en créant de l’espace pour la rencontre. Comme les ocelles sur les ailes des papillons, qui imitent des yeux : elles protègent des prédateurs, mais séduisent aussi. Mes textes sont des lieux vulnérables où le cœur se met à nu… mais déguisé. On n’y entre qu’en acceptant de lire entre les lignes.

Que contiennent vos textes ?
Ils sont une tentative de résistance face à une société qui gomme les singularités. Microscopiques dans la forme, panoramiques dans le fond, mes mots mêlent subjectivité assumée et dialogisme : plusieurs voix qui se répondent. On y trouve des symboles, des ruptures de ton, une naïveté affectée, un regard queer, la sublimation du désespoir.

Mais mes deux axes majeurs restent l’étrangeté et l’altérité. Écrire, pour moi, c’est affirmer son être, offrir un refuge, une passerelle dans un monde polarisé. Réalisme, fiction ou sci-fi, peu importe : l’essentiel est de transmettre ces qualia, ces expériences intimes qu’on ne peut expliquer mais que chacun peut ressentir. Là se loge la poésie.

Étrangeté et altérité ?
L’enfance a laissé son empreinte. J’ai grandi dans un univers où le fantastique se mêlait au réel, peuplé de figures comme le Karabida — le Croque-Mitaine local. En malgache, hafa signifie autre, et hafahafa étrange. C’est le même spectre. Mon écriture célèbre cette beauté de la complexité, la poésie de l’incompréhension. Un texte comme « Les halos rouges ont l’habitude, dans leur vie subite et sommaire, de prendre une certaine altitude avant de s’éteindre dans la mer » traduit ce désir de saisir l’instant, le fragile, l’éphémère.

Vous écrivez en plusieurs langues…
Je navigue entre le français, un peu d’anglais et de l’antakarana. En 2022, des lecteurs ont noté des traces de merina ou betsimisaraka dans mes textes en malgache. Cette hybridité ne fragmente pas, elle enrichit. Elle reflète ma mémoire et l’environnement qui m’a façonné.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

Instagram : alittletrack

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Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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