Dans l'écosystème numérique malgache, certains créateurs imposent une autre échelle du divertissement. À 22 ans, Ratsimbazafy Fiantso Tohan'Itsiaro, alias Fiantso, transforme chaque vidéo en défi grandeur nature. Plus de 210 000 abonnés sur Facebook, 14 000 sur TikTok, et une ambition qui dépasse largement le simple contenu viral.

Sa dernière production en date s'appelle The Survivor, co-créée avec Okalou. Un format hybride entre émission, compétition et expérience collective — pas une vidéo de plus, mais un véritable événement qui mobilise la communauté dans son entièreté. La première édition a réuni près de 400 participants et posé les bases du concept. La saison 2 se prépare déjà, avec des défis plus ambitieux et une récompense annoncée autour de 3 millions d'ariary. C'est dans ce genre de projet que Fiantso révèle son ambition réelle : ne plus seulement divertir, mais construire un terrain de jeu où le numérique devient expérience partagée.
Son parcours, pourtant, n'a rien d'un ascenseur direct vers le sommet. À 15 ans, il débute sur YouTube avant de migrer vers Facebook, plateforme plus accessible à Madagascar. Une première audience se construit, puis s'effondre brutalement : sa page est piratée, perte totale, retour à la case départ à 18 ans.
En 2023, il relance tout sous l'identité Fiantso — un canular téléphonique en première vidéo, plus de 200 000 vues en quelques jours. Le signal est clair : la connexion avec le public n'a jamais été rompue, elle attendait juste de redémarrer.
Depuis, son contenu repose sur une mécanique simple : mettre en scène des expériences réelles et imprévisibles, où l'enjeu dépasse la simple vidéo. Courses contre la montre, canulars, défis urbains, expériences participatives — chaque format cherche à capter une tension immédiate. « Je veux que les gens vivent la vidéo avec moi », dit-il. Les spectateurs deviennent parfois acteurs, intégrés directement aux jeux, avec des récompenses en argent ou en nature. L'influence de MrBeast est assumée — « j'aime sa façon de transformer une vidéo en événement », confie-t-il — mais adaptée aux réalités locales : pas de gros budgets américains, juste de l'ingéniosité et un autodidactisme assumé, du montage appris seul sur CapCut jusqu'aux équipements plus professionnels comme le DJI Pocket 3. Chez Fiantso, chaque défi n'est plus une vidéo. C'est un rendez-vous.
Lucas Rahajaniaina