Dans son atelier, Mirasoa Razanaparany fabrique depuis 2021 des cosmétiques écoresponsables sous la marque Fantina. Chimiste spécialisée en formulation, elle répond sans détour sur ce que « formuler propre » veut vraiment dire — et sur ce que le marché malgache n'a pas encore réglé.

Les cosmétiques écoresponsables, c'est un argument marketing ou une réalité formulaire concrète ?
C'est une vraie question, et je comprends le scepticisme. Dans notre cas, l'écoresponsabilité commence dès le choix des matières premières : on utilise des ingrédients inoffensifs pour la peau, des plantes et produits naturels pour tout ce qui est principe actif. On a commencé avec des masques en poudre à base de Masonjoany — une plante aux vertus éclaircissantes — puis des huiles capillaires, des huiles antidouleurs, avant d'élargir aux savons. Une décision qui peut sembler anodine a guidé toute notre démarche : éviter l'eau dans nos formules. L'eau est une ressource limitée, et sa présence dans un produit impose d'autres ingrédients conservateurs, ce qui génère encore plus de production. On travaille donc à chaîne courte, avec des produits secs ou des eaux produites localement. Pour les principes actifs à base de plantes, on part de bibliographies et de recherches — certaines plantes nécessitent une manipulation précise pour éviter leur toxicité.
Ce n'est pas qu'on refuse les conservateurs ; c'est qu'on les choisit sur la base de fiches techniques fournisseurs vérifiées. Aujourd'hui, notre gamme comprend des masques, des déodorants solides, des savons shampooing, un sérum anti-âge à base de baobab, de centella et de moringa. Chaque formule est une décision, pas une improvisation.

À Madagascar, existe-t-il un cadre normatif pour encadrer la production cosmétique locale ?
Pour les savons, oui — il existe déjà des normes. La plupart de nos savons sont passés par la Direction pour la protection des consommateurs, auprès du ministère du Commerce : prélèvement, analyse en laboratoire, rapport, certificat de conformité, puis autorisation de mise en commercialisation. C'est le parcours standard. Pour les cosmétiques au sens large, en revanche, il n'y a pas encore de cadre qui régisse vraiment la production. En Europe, ces normes existent depuis des années — bonnes pratiques de fabrication, traçabilité, innocuité prouvée. Ici, on en est aux prémices. En 2024, l'association Tsara Aro — dont Fantina fait partie — a été créée précisément pour combler ce vide, en travaillant avec des enseignants-chercheurs et le Bureau des normes de Madagascar.
Mais cela prend du temps : il faut une concertation entre producteurs, et l'urgence n'est visiblement pas au sommet des priorités institutionnelles. En attendant, ce que le consommateur peut exiger concrètement, c'est le certificat de conformité et l'autorisation de mise en commercialisation. Et vérifier l'étiquette : nom du produit, nom et adresse du producteur, liste des ingrédients, numéro de lot, date d'expiration. Ce n'est pas glamour, mais c'est la base.
Quels sont les prochains développements pour Fantina ?
Nous recevons beaucoup de demandes sur les produits anti-âge et anti-tâches. Les anti-tâches, c'est un domaine qui touche à la dermatologie — il faut des études approfondies sur le comportement de la peau, ce n'est pas quelque chose qu'on bâcle. Pour les anti-âge, on développe actuellement une gamme avec une crème et un sérum à base d'eau. Sur le long terme, l'export est un objectif — mais c'est un gros challenge : à l'étranger, les normes sont exigeantes, les analyses multipliées. Il faudra être prêt. En attendant, on pense agrandir l'équipe et, peut-être bientôt, ouvrir une boutique.
Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa
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Contact : +261 38 70 134 21 / contact.fantinamg@gmail.com