Domi Sanji : Chercheur en design
8 août 2021 // Mode & Design // 10073 vues // Nc : 139

« Designer transdisciplinaire », Domi Sanji travaille à la revitalisation des patrimoines locaux trop souvent menacés. Son objectif, inscrire la tradition dans la contemporanéité. Cas d’école, l’art Zafimaniry auquel il a consacré sa première collection.

Mettre en projet et faire sens, c’est ce qui définit le travail d’un designer, estime Domi Sanji, de son vrai nom, Dominique Rasanjison. Il est dans ce qu’on appelle en italien la « progettazione », la conception, la mise en projet. Et il est vrai que beaucoup de ses mentors sont Italiens, Allemands, Suisses et Français. « Un designer n’est pas un décorateur. La forme, c’est la dernière étape de notre travail, mais avant il y a beaucoup de recherches, c’est de l’anthropologie appliquée. » En clair, chaque projet commence par une immersion anthropologique incluant d’aller voir sur le terrain. Titulaire d’un Master en design et innovation et d’un Master en droit des affaires, cette double casquette lui permet d’être encore plus pointu dans son approche, le juridique n’étant finalement qu’une extension du culturel.

Domi Sanji veut ainsi utiliser le design comme un moyen de revitaliser le patrimoine culturel. C’est tout le sens de sa première collection Katrakala, qui retranscrit la façon de vivre des Zafimaniry. Cette communauté située dans le sud-est de Madagascar, dans la région d’Ambositra, dont le travail du bois est reconnu par l’UNESCO comme patrimoine de l’humanité. « Les Zafimaniry constituent une part culturelle importante de l’identité malgache mais tout cela risque de tomber dans l’oubli s’il n’y a pas tout un travail de revitalisation autour. Nous avons tendance à réduire l’art Zafimaniry à des motifs géométriques et beaucoup pensent que c’est de la marqueterie. D’où l’importance de bien comprendre le mode de vie Zafimaniry. »

La collection Katrakala (le mot traduit un vœu de prospérité pour toutes les étapes de la vie)s’inspire de la case Zafimaniry sous forme de pièces de bois : Tongalafatra, une étagère inspirée de l’escalier qui se trouve à l’entrée des cases; Mahefa, la réinterprétation de la chaise longue bien connue dans l’art Zafimaniry; Vohibe, une série de boîtes qui peuvent être utilisées comme boîtes de rangement, de tabourets, de tables de chevet… mais aussi des pièces en céramique pour les assiettes et les pots de miel. Domi Sanji veut ainsi inscrire le mode de vie Zafimaniry dans la contemporanéité et redynamiser son identité de façon durable.

Par exemple, cette assiette en céramique déclinée en noir ou blanc. Elle est rehaussée de motifs qui ornent très souvent les fenêtres des cases Zafimaniry et sont comme la formulation d’un vœu. C’est donc en soi une « écriture ». On retrouve ainsi le Tanamasoandro ou soleil qui évoque l’idée d’être « ensemble dans la joie », la solidarité, ou le Papintantely qui symbolise le partage de ce qui est doux comme le miel (tantely). Le choix de la couleur noire fait référence au bois de la case qui est patiné par les fumées du foyer. Ce dernier se trouve toujours au milieu de la pièce avec son pilier appelé Andro mafana. « C’est ce langage symbolique qu’il faut conserver et se réapproprier », fait valoir Domi Sanji qui participera à la France Design Week avec Humanitarian Designers en septembre prochain à Paris.


Aina Zo Raberanto

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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