Madagascar est le troisième pays au monde le plus vulnérable aux changements climatiques. Face à cette réalité, CliMates Madagascar s'est imposée comme une voix jeune et crédible dans les négociations climatiques. Depuis 2026, l'ONG est partie prenante de l'élaboration de la CDN3 — la Contribution Déterminée Nationale, troisième génération. Ny Aro Andriamiarosoa, Directrice Exécutive de CliMates Madagascar, nous explique pourquoi.
Qui est CliMates Madagascar, et comment est né ce mouvement ?
CliMates est née en 2013 en France, portée par des étudiants convaincus que la jeunesse avait un rôle à jouer dans les négociations climatiques internationales — pas juste pour figurer sur des affiches ou animer des flash-mobs, mais pour contribuer réellement à la réflexion et au plaidoyer. L'antenne malgache a suivi, d'abord sous statut associatif, avant d'obtenir le statut d'ONG en 2024. Aujourd'hui, CliMates est présente dans plusieurs pays — France, Mali, Chine, et Madagascar — avec des réalités très différentes selon les contextes.

En Europe, les jeunes siègent déjà aux mêmes tables que les décideurs politiques. À Madagascar, on n'en est pas encore là — mais on y travaille. Ce qui nous unit partout, c'est la conviction que les jeunes ne doivent pas rester cantonnés à la mobilisation. Ils doivent être des acteurs de la décision. Et chez CliMates, tous nos membres sont des étudiants.
Dans vos communications, vous parlez souvent de fonds climatiques — mais concrètement, c'est quoi ?
La CDN — Contribution Déterminée Nationale — est le document politique que chaque pays signataire de l'UNFCCC, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques créée au Sommet de la Terre à Rio en 1992, s'engage à produire et à renouveler tous les cinq ans. Ce document fixe les engagements climatiques du pays et, surtout, ouvre l'accès aux fonds climatiques — les ressources financières mobilisées dans ce cadre international. Ces financements peuvent prendre plusieurs formes — subventions directes sans remboursement, prêts à conditions favorables, ou conditional grants.
Ces mécanismes sont considérables. Mais il y a une règle absolue — seuls les secteurs et axes explicitement mentionnés dans la CDN d'un pays peuvent bénéficier de ces fonds. Un exemple concret — un exemple concret, plusieurs des projets que nous voyons dans les villes ou les zones reculées sont là car ils ont été financées par ces fonds climatiques car leur secteur figurait dans la CDN2. Ce détail dit tout sur l'importance stratégique de ce document.
Quels sont les grands axes de la CDN3 que Madagascar vient de décréter en 2026 ?
La CDN2 arrivait à terme — mais elle avait un angle mort important. Elle ne mentionnait pas suffisamment les infrastructures ni l'hygiène, ce qui a pénalisé ces secteurs dans l'accès aux financements. La CDN3, décrétée en 2026 pour la période 2025-2030, a été élaborée avec une approche bien plus inclusive. Pour la première fois, des acteurs venus de tous azimuts ont été associés à l'écriture du document — agriculture, sécurité alimentaire, santé, énergie, eau et assainissement. Le secteur WASH — water, sanitation, hygiene — y occupe enfin la place qu'il mérite, car aucun autre secteur ne peut fonctionner sans lui. On ne peut pas parler d'agriculture, d'énergie ou d'aménagement du territoire sans parler d'eau. C'est transversal par définition. Le CDN3 est maintenant validé et soumis à l'UNFCCC — et c'est déjà une victoire.
Quel rôle a joué CliMates dans l'élaboration de ce CDN3, notamment sur le secteur WASH ?
Depuis 2020, CliMates fait partie des entités qui représente Madagascar aux COP — la plus grande conférence annuelle des parties adhérant à l'UNFCCC. Cette présence nous a permis de comprendre de l'intérieur le fonctionnement de ces mécanismes de financement, qui sont à la fois politiques, stratégiques et profondément relationnels. C'est lors de la COP à Dubaï puis en Azerbaïdjan que nous avons initié notre collaboration avec WaterAid, qui cherchait une collaboration forte exclusivement jeunes, opérant à l'intersection du WASH et du changement climatique. Depuis, en partenariat avec WaterAid Madagascar, nous travaillons d'arrache-pied avec les ministères concernés pour intégrer le WASH dans la CDN3 et élaborer le plan de mise en œuvre qui doit suivre.
Quels sont vos objectifs concrets dans cette dynamique CDN3 ?
Nos objectifs ne se mesurent pas seulement en nombre de puits creusés ou de barrages construits. Ils se mesurent également en documents validés et développés — parce que sans ces documents, personne ne peut entrer en action, aussi bonne volonté soit-elle. La CDN3 est validée. Maintenant, nous attendons la validation du plan de mise en œuvre, que nous aidons à élaborer aux côtés des ministères. Il y a aussi une dimension que nous portons comme un levier d'argumentation — le mouvement de la GenZ a rappelé brutalement que l'eau peut ériger une nation, comme elle peut la renverser. Cependant, nous ne faisons pas de politique pour avoir accès à un statut ou une fonction. Nous combattons des problèmes, pas des personnes. Mais cette réalité, nous la portons dans chaque discussion avec nos partenaires internationaux pour que le WASH ne soit jamais sous-estimé.
Propos recueillis par Solofo Ranaivo