Cité des cultures : Quand l’art fait caisse
21 septembre 2025 // Arts Plastiques // 5953 vues // Nc : 188

La Cité des Cultures se distingue des autres centres culturels par son ambition de faire de la culture un véritable moteur économique. Pour sa coordinatrice, Landy Rakoto, ce centre porté par la Fondation BOA incarne un pari assumé sur la rentabilité des industries culturelles et créatives à Madagascar, encore trop souvent perçues comme un simple levier social ou de divertissement.

Concrètement, c’est quoi la Cité des Cultures ?
La Cité des Cultures est un centre culturel initié par la Fondation BOA, ouvert depuis un an. Nous y avons rassemblé plusieurs espaces complémentaires, à savoir une salle de musique, une autre dédiée aux arts visuels, une galerie d’exposition, mais aussi des salles de réunion, de conférence et des espaces numériques. L’idée est simple : rendre la culture accessible au plus grand nombre, tout en mettant en valeur sa diversité. Notre programmation ne suit pas une ligne unique. Elle n’est ni exclusivement contemporaine, ni strictement malgache. Elle reflète la richesse des expressions culturelles dans toute leur pluralité. Cette liberté nous permet d’accueillir aussi bien des expositions que des ateliers, des résidences ou même des événements d’entreprise.

Pourquoi avoir lancé ce projet ?
Historiquement, la Fondation BOA intervenait surtout dans les domaines de l’éducation et de la santé. Mais après le transfert de notre siège à Andraharo, un bâtiment s’est retrouvé vacant. L’idée de le transformer en centre culturel s’est imposée comme une évidence. C’est le tout premier investissement culturel du groupe sur le continent africain. Et notre ambition ne s’arrête pas à un simple geste symbolique. Nous voulons construire un modèle économique viable.

Certaines prestations — location de salles, services spécifiques — sont payantes, tandis que les expositions restent gratuites. Si le modèle fonctionne, il pourra être répliqué dans d’autres pays.

Comment voyez-vous l’évolution du marché culturel ?
Le marché reste encore jeune ici, mais on sent un frémissement. Dans d’autres pays africains, la culture est déjà reconnue comme un véritable levier d’impact. Et cela commence à faire écho.

J’ai récemment échangé avec une représentante de l’UNESCO, qui m’a expliqué qu’un plaidoyer est en cours pour que la culture devienne un Objectif de Développement Durable à part entière d’ici 2030. C’est révélateur. La culture est bien plus qu’un simple ornement. Elle informe, touche, sensibilise, transforme. Elle peut — et doit — être reconnue comme un secteur stratégique, au potentiel économique et social immense.

Comment faites-vous pour dialoguer entre les mondes artistique et entrepreneurial ?
À la Cité des Cultures, nous tissons des ponts. D’un côté, des expositions, des performances, des ateliers… et de l’autre, des lancements de produits ou des réunions d’entreprise. Ce croisement est essentiel. Il fait naître des synergies, ouvre la voie à de nouvelles opportunités. Nous travaillons avec les artistes pour les sensibiliser à une démarche professionnelle, tout en accompagnant les entreprises à reconnaître la valeur de ces métiers.

Mpihary Razafindrabezandrina

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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