Chifumi : Du Cambodge à Madagascar
3 décembre 2022 // Arts Plastiques // 8342 vues // Nc : 155

Il a participé à la septième édition du Festival Stritarty organisé par l’Alliance Française de Diego-Suarez en octobre dernier. Pour son premier séjour à Madagascar, le graffeur français a été impressionné par la motivation des artistes locaux, malgré le manque de moyens. « Madagascar a clairement une influence asiatique dans sa culture. Malgré les contrastes, je vois des similarités. Les artistes, par contre, ne sont pas influencés de la même manière, le contexte local y est pour beaucoup. »

Chifumi est entré dans le milieu de l’art de rue après des études en communication et   techniques de l’image, doublées d’une école des beaux-arts. « L’idée d’utiliser les méthodes du marketing mais dans une approche centrée sur la créativité graphique et gratuite m’a totalement conquis. J’ai plongé dedans pour la spontanéité et la beauté du geste. Il y avait aussi une sorte de militantisme, on s’en rend compte avec le poids des années. »

Installé au Cambodge depuis une dizaine d’années, Chifumi a grandi en Europe avant d’opter pour l’Asie. « J’ai été conquis par l’univers vibrant et fascinant de ce monde entre l’Inde et la Chine. J’y ai naturellement trouvé une place d’acteur créatif. » Mais sa plus grande source d’inspiration reste le voyage. « Chaque nouvelle destination est prétexte à peindre, pour mieux rencontrer l’ailleurs. S’enivrer de ses saveurs, ses couleurs mais aussi sa sémantique culturelle. J’ai l’habitude d’expliquer mon travail par le concept de traduction culturel. C’est clairement le moteur de mon processus créatif, en prendre plein les yeux sans rien comprendre. L’imagination fait le reste. »

Parfois décrié et ramené à du vandalisme, l’art urbain a pourtant sa place dans nos sociétés post-industrielles. Un moyen d’expression non institutionnel se servant des murs comme supports. Apparu aux États-Unis il y a plus de 50 ans, l’art du « writing » (nom que les graffeurs préfèrent à celui de graffiti) connaît pourtant aujourd’hui une forme d’académisme, faut-il s’en inquiéter ? « Les fresques murales sont partout, les municipalités font la promotion des artistes urbains au même titre que les sculpteurs ou peintres dans une autre époque. D’art subversif c’est devenu le courant dominant », reconnaît Chifumi. Pour les prochains mois, son agenda d’artiste de rue est bien chargé : « Je vais réaliser de grandes fresques murales en Inde, au Cambodge et en France. Ensuite, je compte préparer une exposition personnelle, la dernière remonte à dix ans. »


Aina Zo Raberanto

Kirthimurka, Varanasi (Indie)
Mudra Composition, Chennai (Inde)
La fille de la ville du vent, Diego-Suarez (Madagascar)
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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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