Bovima - Anthony Rakotomahazo : Structurer la filière bovine malgache face aux défis du marché
1 mars 2025 // Entreprendre // 7429 vues // Nc : 182

Lancée en 2013 sous l’impulsion de la Banque Mondiale, Bovima ambitionne d’allier élevage local et production industrielle pour structurer la filière bovine à Madagascar. En 2025, l’entreprise est à un tournant : alors qu’elle vise sa pleine capacité, elle se heurte à des défis majeurs, entre blocages à l’exportation, contraintes fiscales et nécessité d’un meilleur encadrement du secteur. Face à ces obstacles, Bovima mise sur des solutions innovantes pour dynamiser l’élevage, renforcer le marché local et soutenir l’économie régionale, en attendant la levée de l’interdiction d’exportation de la viande de zébu. Entretien avec Anthony Rakotomahazo, directeur des projets et des relations extérieures du groupe INVISO.

Quel est le modèle économique de Bovima et ses objectifs à long terme pour le secteur bovin malgache ?
Bovima, créée en 2013 à l'initiative de la Banque mondiale, vise à dynamiser la filière viande rouge dans le sud de Madagascar. Le projet a été financé par la Société Financière Internationale, avec l'implantation d'une usine à Fort Dauphin, dont la construction a été retardée par la pandémie. Aujourd'hui, l'entreprise poursuit l'adaptation de ses installations pour répondre aux normes internationales de qualité et viser l'exportation. À terme, Bovima souhaite renforcer l'intégration des éleveurs locaux et atteindre une capacité maximale de production de viande, en diversifiant ses débouchés tant au niveau local qu'international.

Comment Bovima collabore-t-elle avec les communautés locales pour stimuler l'économie ?
Bovima collabore avec 3 250 éleveurs dans les régions d'Anosy et d'Androy. Ces derniers élèvent des animaux sous contrat et les vendent à Bovima après approbation vétérinaire.

L'entreprise a également noué des partenariats avec 4 200 femmes agricultrices, soutenues par la Banque mondiale. Ces femmes participent à la production de fourrage pour nourrir les animaux. Bovima a ainsi contribué à l'inclusion économique des communautés locales en créant 123 emplois directs, dont 50 dans l'élevage. Ce modèle favorise la création d'emplois durables et pérennes, en plus d'assurer un impact positif sur l'économie locale.

Quels sont les obstacles pour l’exportation ?
L'un des principaux obstacles rencontrés par Bovima est l’interdiction d'exportation de la viande de zébu, imposée par le gouvernement malgache. Cette restriction empêche Bovima de rentabiliser une part de sa production, en particulier dans un contexte où l'entreprise se distingue par ses quatre certifications internationales (ISO 22000, Halal, ISO 9001, HACCP). En parallèle, la concurrence du secteur informel, qui ne respecte pas les mêmes normes strictes, représente également un défi majeur. Malgré cela, Bovima parvient à exporter de la viande de mouton et de chèvre, notamment vers la Chine et le Moyen-Orient, tout en ajustant ses installations pour répondre aux exigences des marchés internationaux.

Photo : BOVIMA

En quoi le marché local constitue-t-il une alternative, et quels sont les défis associés à cette option ?
Le marché local représente une part importante des ventes de Bovima, mais il reste dominé par les boucheries traditionnelles, qui bénéficient d'une clientèle fidèle. Toutefois, Bovima fait face à une concurrence de taille : ses produits sont 20 % plus chers que ceux du secteur informel, en raison des taxes et des normes strictes qui régissent ses activités. De plus, le faible pouvoir d'achat des consommateurs malgaches rend difficile la compétitivité des prix de Bovima sur le marché local.

Cependant, l'entreprise mise sur la qualité et la traçabilité de ses produits pour se distinguer. Elle a réussi à se diversifier en vendant sa viande dans des supermarchés comme Kibo et via des partenaires tels que Newrest, fournissant des cantines pour les grandes entreprises.

Quels sont les principaux défis fiscaux et réglementaires qui affectent la filière bovine à Madagascar ?
Le secteur formel de la viande, incluant Bovima, souffre d’une fiscalité lourde qui désavantage ses produits face à ceux du secteur informel. Par exemple, la TVA de 20 % appliquée à la viande dans le secteur formel augmente les coûts et rend les produits de Bovima moins compétitifs. Un des principaux défis réside dans la mise en place d'une réforme fiscale permettant une concurrence plus équitable entre les acteurs du marché, tout en garantissant une transparence et un respect des normes de sécurité alimentaire. Il est essentiel que le gouvernement mette en place des conditions favorables à l’investissement pour dynamiser le secteur formel.

Photo : BOVIMA

Quelle est la situation des éleveurs locaux et comment Bovima les accompagne-t-elle ?
Bovima s’efforce de structurer l’élevage malgache, en particulier dans le sud du pays, où l’élevage traditionnel du zébu est souvent perçu comme un symbole culturel plutôt qu'une activité économique. Les éleveurs adoptent souvent un modèle extensif et peu productif. Pour améliorer cette situation, Bovima met en place un accompagnement structuré : elle fournit un cahier des charges sur les bonnes pratiques d’élevage, assure un suivi technique sur le terrain et garantit aux éleveurs des débouchés pour leurs animaux. Ce soutien est renforcé par la traçabilité des animaux grâce à un système de boucles électroniques, un dispositif soutenu par le gouvernement malgache.

En quoi l’insémination artificielle constitue-t-elle une solution pour moderniser l’élevage à Madagascar ?
L’insémination artificielle est considérée par Bovima comme une solution clé pour moderniser l’élevage à Madagascar, notamment en croisant les zébus malgaches avec des races plus productives, comme la Limousine.

Ce croisement permettrait de produire des animaux plus lourds, avec un potentiel de poids de 450 à 500 kg, contre 300 kg pour les zébus malgaches traditionnels. Cette solution contribuerait à améliorer la productivité des éleveurs locaux, à augmenter la rentabilité de l’élevage et à structurer la filière bovine dans le pays. Bovima garantit l'achat des animaux issus de ces croisements et offre aux éleveurs un modèle économique stable et durable.

Quelles sont les perspectives de croissance pour Bovima et la filière bovine malgache ?
Bovima prévoit une croissance progressive de l’élevage, avec l’objectif d’augmenter le nombre d'animaux chaque année. Cette dynamique passe par une amélioration génétique, l’introduction de pratiques modernes d’élevage et un soutien constant aux éleveurs. Le modèle de Bovima est basé sur des partenariats solides, garantissant une croissance économique stable pour les producteurs locaux. L’entreprise mise également sur la diversification de ses marchés, à travers l’exportation de viande de qualité et le renforcement des normes sanitaires, pour s’imposer à la fois sur le marché local et international.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina

LinkedIn : BOVIMA Madagascar
Crédit photos : BOVIMA

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C'est vrai pour les peuples. Alors, en ce début d’année en plein mois de mars, permettez-nous de vous adresser nos voeux les plus sincères. Mitomboa hasina — que votre valeur sacrée grandisse. Samia tsara, samia soa — que tous soient en bonne santé, que tous aillent bien. Que cette nouvelle année soit plus lumineuse que la précédente, plus douce, plus féconde. Que ceux qui cherchent leurs racines les trouvent — et qu'ils y puisent, non pas une nostalgie stérile, mais une force tranquille pour aller de l'avant. Taombaovao 2026. Une page blanche. À vous de l'écrire.

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