Art oratoire : La voix du plus fort
16 juin 2023 // In & Out // 4347 vues // Nc : 161

Six jeunes voix malgaches se font entendre à l’international pour le concours interuniversitaire de débats à La Haye : les deux équipes malgaches parviennent au quart de finale. Alors que le concours accueillait 32 clubs dont deux équipes malgaches en décembre dernier, il ne reste plus que huit équipes pour disputer le lauréat de la meilleure éloquence, dont les équipes de l’Université d’Antananarivo et de l’Université Catholique de Madagascar. Un parcours du combattant qui tient en haleine et fait la fierté des clubs d’art oratoire locaux. Soutenu par l’Agence Universitaire Francophone (AUF), le concours rassemble les milieux universitaires francophones du monde entier, une identité commune qui dicte les thèmes des plaidoiries. En effet, c’est en débattant sur le sujet « Il y a une appréhension du monde francophone à s’approprier la question de la gestion des ressources naturelles » que Christina Rasoanirainy, Victoria Ravelojoelitafika et Andrianiaina Ramanantoanina dit Rany (Université d’Antananarivo) ont terrassé l’Université Catholique de Lille au huitième de finale. Même prouesse de la part de Tandrify Randriamaromanana, Joseph Rambinintsoa et Corélia Botoube (UCM) face à  l’Université Paris-Saclay. Nos six participants, tout juste âgés de 20 à 23 ans, comprennent la nécessité de conjuguer les pôles compétitif et communautaire du débat pour convaincre le jury. Comme l’explique Rany : « Il y a plein de clivages dans la jeunesse estudiantine du fait des différentes universités, des différentes facultés, des différents clubs. Ce qui est merveilleux dans la prise de parole en public c’est qu’elle est extrêmement fédératrice et très conflictuel.» Quant à l’épreuve finale qui devrait se tenir en juillet 2023, les deux équipes spéculent déjà la possibilité d’une finale 100% malgache. « Comme on ne se retrouve pas dans la même catégorie, chaque équipe va avoir ses adversaires et il y a de fortes chances qu’on se retrouve ensemble en finale si on fait bien les choses. »

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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