Raoelison Rijarijaona José — m'rija pour les amateurs d'art et les galeristes — est l'un des plasticiens malgaches les plus présents sur la scène des expositions depuis deux décennies, à Tana comme à l'étranger. Ses œuvres ne laissent personne indifférent. Et pour cause.

Peau de zébu, sisal, café, fleurs séchées, objets oubliés, feuilles ramassées on ne sait où — m'rija est d'une éclectique totale sur les supports. Là où d'autres artistes s'installent dans la sécurité d'une toile tendue et de pigments en tube, lui dialogue avec la matière brute, celle qui résiste, qui surprend, qui impose sa propre logique à la composition. Ce n'est pas de l'art pauvre au sens de l'Arte Povera — c'est autre chose, quelque chose de plus instinctif, de plus organique. « L'inspiration, je ne la cherche pas vraiment… elle vient et je la suis », confie-t-il. Sur la peau de zébu notamment, il trouve un langage particulier. « Le support me guide », dit-il. Des savika — ces combats de zébus ancestraux — surgissent sur ces surfaces comme naturellement, portés par la texture même du matériau.
Derrière cette liberté formelle, il y a une formation. Né artistiquement à Toamasina, m'rija parle de cette ville comme d'une école du regard avant d'être un lieu. C'est là qu'il croise la figure du peintre Raley, qu'il considère comme son maître. « Même la poussière avait de la valeur », raconte-t-il.
Une discipline radicale, presque artisanale — fabriquer ses propres couleurs, observer, ne rien gaspiller. Une leçon que m'rija a intériorisée au point de préparer lui-même certains de ses pigments, à partir du café, de fleurs, de matières collectées. Professeur d'art-thérapie par ailleurs, il sait mieux que quiconque que le geste créatif est aussi un geste de sens.
Ce sens, c'est d'ailleurs ce qui structure toute son approche. L'art n'est pas décoratif pour m'rija — il transmet, il questionne, il reste. « Je veux que mes œuvres parlent même sans moi », affirme-t-il. Sa première grande vente, une œuvre intitulée « Combat des couleurs » achetée par un visiteur réunionnais à l'Alliance Française de Toamasina, lui a confirmé que ce travail pouvait toucher loin. Sa mère, d'abord sceptique, a changé de regard ce jour-là. Depuis, les expositions se sont succédé — au Centre culturel Andinala, au Tahala Rarihasina d'Analakely, aux côtés de la peintre Yasmine Fidimalala. Et les projets continuent de germer, notamment une grande exposition collective réunissant peintres, musiciens, poètes et danseurs dans un même espace. « Tant qu'il y aura quelque chose à transformer, je continuerai à peindre. »
Lucas Rahajaniaina
Contact : 034 54 426 38
Facebook : Rijarijaona Raoelison
Photos : Andriaparany Ranaivozanany