Seraphin Razafimahafaly : « Les normes doivent faire la loi »
4 janvier 2026 // Entreprendre // 1912 vues // Nc : 192

Dans un contexte où qualité, sécurité et accès aux marchés internationaux deviennent des impératifs économiques, le Bureau des Normes de Madagascar occupe une place centrale. Séraphin Razafimahafaly explique comment la normalisation peut devenir un véritable moteur de croissance pour les entreprises malgaches — à condition d’être comprise et correctement appliquée.

Pourriez-vous nous rappeler ce qu’est le Bureau des Normes de Madagascar ?
Le Bureau des Normes de Madagascar est l’organisme national chargé d’élaborer, d’harmoniser et de diffuser les normes qui encadrent les produits, les services et les pratiques dans le pays. Rattaché au ministère en charge du Commerce, il représente officiellement Madagascar au sein des grandes instances régionales et internationales de normalisation : ISO, IEC, ARSO, mais aussi COMESA et SADC. Concrètement, nous participons aux travaux techniques mondiaux et adaptons ces référentiels au contexte malgache. En tant que membre de l’ISO, nous assurons également la commercialisation et la mise à disposition des normes internationales.

Notre travail repose sur des équipes multisectorielles — spécialistes issus de divers horizons — qui définissent ensemble les exigences applicables à chaque filière. Pour une norme alimentaire, par exemple, nous mobilisons simultanément des experts en sécurité sanitaire, en technologie agroalimentaire et en qualité afin de garantir une norme à la fois rigoureuse, réaliste et adaptée au marché local.

Pourquoi instaurer des normes nationales malgaches alors que les internationales existent déjà ?
Une norme est un document technique élaboré par des experts, fondé sur des justifications scientifiques et des pratiques éprouvées. C’est un cadre de référence pour fabriquer, tester et mettre un produit sur le marché. Madagascar applique naturellement les normes internationales, mais nous devons aussi établir nos propres Normes Malgaches (NMG), car chaque pays possède des spécificités qu’un standard global ne peut anticiper : climat, matières premières, techniques locales, contraintes socio-économiques.

Pour créer une norme nationale, nous suivons les bonnes pratiques internationales, menons des études techniques, consultons les opérateurs et constituons des comités multisectoriels. Une norme ne s’impose jamais unilatéralement : elle repose sur un consensus entre spécialistes, opérateurs et institutions, garantissant sa pertinence dans le contexte malgache.

Les certifications sont-elles obligatoires ?
La certification est, dans la grande majorité des cas, volontaire. Ce sont les opérateurs qui nous sollicitent pour engager le processus et démontrer la conformité de leurs produits. Nous ne certifions jamais sans demande préalable. Toutefois, l’État peut nous mandater directement pour certains produits sensibles : c’est alors une certification obligatoire, qui relève de l’homologation. C’est le cas des préservatifs destinés au marché malgache, ou des kits solaires. Une fois homologués, ces produits bénéficient généralement d’avantages douaniers, destinés à encourager leur mise en conformité et à faciliter leur disponibilité sur le marché.

Quand est-ce qu’une norme devient obligatoire ?
Une norme ne devient jamais obligatoire par décision du BNM. Notre mission est technique et consultative : seule l’autorité publique peut imposer une norme via loi, décret ou arrêté. Cette décision repose toujours sur quatre enjeux majeurs.

D’abord, la santé des consommateurs : nous vérifions les caractéristiques physico-chimiques des produits et de leurs emballages. Ensuite, la sécurité : un produit ne doit présenter aucun risque pour la vie ou l’intégrité physique. Troisième enjeu, la protection de l’environnement, conformément aux engagements internationaux du pays. Enfin, la souveraineté nationale : protéger les entrepreneurs locaux, le marché intérieur, les citoyens et l’image du pays. Lorsque ces critères sont réunis, l’État peut rendre une norme obligatoire — et nous accompagnons alors son application. Chaque adoption de norme s’accompagne toujours de mesures d’accompagnement.

La norme, c’est un investissement lourd pour les entreprises ?
Se conformer aux normes est un investissement, pas une charge. C’est un levier stratégique qui renforce la compétitivité, crédibilise l’entreprise et ouvre l’accès à des marchés exigeants, notamment à l’export, où seuls les produits normés sont acceptés. C’est aussi un moyen d’améliorer la qualité interne et de réduire les pertes liées aux non-conformités.

Bien sûr, cela peut devenir un handicap si la direction n’est pas réellement convaincue de la démarche ou si l’entreprise ne comprend pas l’intérêt de la normalisation. Lorsqu’on n’y voit qu’une contrainte administrative, on passe à côté de l’essentiel : la norme est un moteur de croissance.

Pour le BNM, quels sont les défis à relever dans les travaux de normalisation ?
Le principal défi réside dans le manque de compétences techniques disponibles pour analyser certaines normes, notamment celles concernant des produits très spécialisés. Lorsqu’un équipement high-tech présente potentiellement des risques pour la santé ou la sécurité, nous n’avons pas toujours les experts capables d’en étudier tous les aspects. Nous devons parfois adopter la norme internationale telle quelle ou nous fier au certificat de conformité du distributeur. À cela s’ajoute un manque de moyens financiers pour participer aux comités internationaux, financer les études ou mobiliser des spécialistes. Le BNM ne compte aujourd’hui que 21 personnes, dont trois techniciens chargés des normes — un effectif très insuffisant pour un pays aussi vaste et diversifié. Nous espérons un renforcement de nos ressources humaines, car la normalisation est un levier essentiel pour la sécurité, la compétitivité et l’image du pays. Nous encourageons également les consommateurs à privilégier les produits certifiés : en matière de normes, tout le monde a un rôle à jouer.

À Madagascar, quels sont les secteurs modèles en matière de respect des normes ?
Il est difficile de désigner un secteur véritablement « modèle », mais l’agroalimentaire arrive clairement en tête du nombre de normes appliquées. L’État en a fait une priorité, en raison de son impact sur la santé publique et sur les exportations. D’autres domaines ont suivi, notamment l’environnement, l’énergie et les travaux publics, portés par les Objectifs de Développement Durable. La normalisation répond toujours à un classement stratégique fondé sur divers critères : contribution au PIB, volumes exportés, poids social ou risques sanitaires. Aujourd’hui, nos travaux s’appuient sur une stratégie nationale 2024–2026 qui fixe nos priorités. Madagascar joue également un rôle au niveau international : notre document de normalisation sur le manioc a servi de base au COMESA pour ce produit agroalimentaire.

Propos recueillis par Solofo Ranaivo

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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