Sanni Miarantsoa : Hiragasy new school
11 janvier 2026 // Musique // 8398 vues // Nc : 192

On ne l’avait pas vue venir. Une simple vidéo amateur, un chant lancé à pleine âme, et Sanni Miarantsoa s’est retrouvée propulsée des terres rouges d’Andohavary jusqu’aux fils d’actualité de tout le pays. À 20 ans, elle redonne au hiragasy une jeunesse inattendue — et rappelle que certaines traditions n’ont besoin que d’une voix juste pour renaître.

Il y a encore moins d’un an, elle était une illustre inconnue. Puis, un matin, une vidéo postée sur Facebook, mal cadrée mais vibrante, l’a propulsée sous les projecteurs et au cœur des conversations. Il s’agit de Sanni Miarantsoa, de son vrai nom Sahondranirina Mirielle. Une jeune chanteuse de la troupe Rasamoelson Andohavary, 20 ans à peine, fait du hiragasy. Dans cette vidéo, elle ne chante pas, elle habite littéralement la scène. « Je viens de la campagne, le hiragasy fait partie du quotidien ici. C’est un héritage », glisse-t-elle simplement, comme si cette maîtrise quasi instinctive n’était qu’une évidence familiale. En effet, Sanni a grandi dans ce terreau-là : les kabary du dimanche, les répétitions avant les fêtes, les récits que l’on apprend avant même de savoir les expliquer. « Le hiragasy s’inscrit dans une continuité familiale. Je veux le continuer parce que j’aime vraiment ça », ajoute la jeune qui ne s’attendait guère à devenir aussi connue. Cette reconnaissance lui donne de l’assurance, et aussi et surtout une responsabilité nouvelle : celle de porter quelque chose de plus grand qu’elle.

Le contraste, chez elle, est saisissant. Sur scène : les longues robes, les étoffes éclatantes, la démarche codifiée des mpihiragasy. Dans la vie, on la voit en t-shirt large, bermuda, snapback vissé sur la tête, baskets aux pieds. Une gamine des années 2020 qui scrolle TikTok comme tout le monde et qui, pourtant, chante un art vieux de plusieurs siècles. « Chaque fois que je chante, j’ai envie de chercher quelque chose de meilleur », dit-elle, avec ce sérieux inattendu chez quelqu’un qui s’habille si décontracté. La jeune génération court vers le RnB, le trap… Mais pas elle. Elle regarde tout cela sans mépris, avec curiosité même. « Il y aura peut-être des mélanges un jour… Tant que ça ne s’éloigne pas des bases », affirme-t-elle. En gardienne, Sanni martèle que le hiragasy n’est pas qu’un genre : c’est une fonction. « Certes, c’est mon métier, mon gagne-pain. Mais il y a aussi un devoir de transmettre, raconter etréserver. Chaque kabary, chaque danse porte un message », rappelle-t-elle avec un sérieux presque adulte.

Lucas Rahajaniaina

Facebook : Sanni Miarantsoa

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