Direction Copenhague. Randriamihaja Tsirava Wilkinson, alias Pilo Kely, représentera Madagascar au Beatbox Battle World Championship 2027 — l'olympiade du beatbox, qui rassemble les meilleurs beatboxers de la planète. Champion national en 2025, ce jeune homme de 21 ans n'a pas besoin de guitare ni de prise électrique. Son instrument tient entre ses lèvres.

Pilo Kely n'est plus un inconnu dans le paysage malgache du beatbox. En 2020, il participe à son premier championnat national — quarts de finale en solo, troisième place en tag team, ce format où deux beatboxers s'affrontent ou s'associent en binôme. Puis une longue pause, plusieurs années sans compétition, avant un retour en 2025 couronné d'un titre national. « J'ai vraiment fait beaucoup d'efforts avant d'obtenir ce titre », confie-t-il. Le beatbox — cette discipline née dans les rues de New York dans les années 1980, au cœur de la culture hip-hop, qui consiste à reproduire des rythmes, des effets et des mélodies uniquement avec la bouche — est arrivé à Madagascar dans les années 2010, porté par les réseaux sociaux et une poignée de pionniers locaux. Pilo Kely découvre la discipline en 2019 presque par hasard, en voyant quelqu'un reproduire un son. Il essaie, ça marche — et il ne s'arrête plus.
Ce qui le distingue, ce n'est pas seulement la technique — loops vocaux, kicks profonds, hi-hats millimétrés — c'est la façon dont il habite la scène.
« J'aime enthousiasmer le public et le faire danser », dit-il avec le sourire. Lui, il a compris que le beatbox est autant affaire de performance que de sonorité. Il observe la salle, ajuste son énergie, change de direction selon l'ambiance. Les imprévus — bouche sèche, son qui ne sort pas comme prévu — deviennent eux-mêmes du spectacle. « Il y a beaucoup d'improvisation », assume-t-il. Sa signature, c'est aussi Madagascar — le salegy intégré dans ses performances, et cette mélodie de « Ry Tanindrazanay Malala » qui surgit parfois, reconnaissable entre mille. Quant à son nom, Pilo Kely désigne le piment pili-pili — petit, certes, mais suffisamment costaud pour réveiller toute une salle.
Pour Copenhague, il s'entraîne presque tous les jours, traque de nouveaux sons, affine ses transitions. Son objectif est formulé simplement, sans détour. « Porter haut le nom de Madagascar et devenir champion du monde en solo. » Une ambition à la hauteur du personnage — un garçon dont la famille avait surtout retenu une chose dans l'enfance : il n'arrêtait pas de faire du bruit.
Lucas Rahajaniaina
Contact : 0346238977 / Facebook : Pilo Kely.
Photos : Andry Randrianarisoa