Pierrot Serge Randrianaritiana (Défis) « Le défi majeur, c’est l’agriculture »
6 septembre 2022 // Entreprendre // 8329 vues // Nc : 152

Malgré le contrecoup de deux ans de pandémie, le programme de développement des filières agricoles inclusives (Défis) retrouve, cette année, un rythme soutenu. L’enjeu est capital, nous rappelle son coordonnateur, s’agissant d’accompagner 320 000 exploitants de la moitié sud de l’île vers le développement agricole.

Défis est un programme qui entend soutenir 320 000 exploitants agricoles, ce qui est en soi un véritable défi…
Le programme est sous tutelle du ministère en charge de l’agriculture et financé à hauteur de 250 millions de dollars par le Fonds international de développement agricole (Fida). Mis en œuvre en 2019 pour une durée de dix ans, il s’articule autour de l’autonomisation et la résilience de l’agriculture familiale, mais aussi et surtout de la sécurité́ alimentaire et nutritionnelle des ruraux. Nous couvrons neuf régions du sud et du centre-est de Madagascar et nous occupons de huit filières, à savoir : riz, maïs, manioc, arachide, café, oignon, petits ruminants et miel. Pour chacune d’elle, nous couvrons l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production des semences à la commercialisation des produits, en passant par l’apprentissage des techniques de production ou la conservation et la transformation des produits. Nous prévoyons également d’appuyer des chaînes de valeur à nos

yeux prometteuses, comme le sorgho et le mil, car ces plantes peuvent renforcer la résilience des exploitations familiales dans les zones semi-arides.

Vous partez du constat que la sous-performance du secteur agricole est l'une des principales causes de la pauvreté à Madagascar…
Madagascar est un pays à vocation agricole : les deux-tiers de sa population vivent dans les zones rurales et son économie repose essentiellement sur l’agriculture. Le Fida a compris que si la Grande Île se trouve encore dans l’impasse, si 82 % de sa population est toujours dans la pauvreté, c’est que les potentiels ne sont pas exploités. Les infrastructures, les techniques de production, les structures organisationnelles des producteurs, le système financiers, rien en fait ne fonctionne convenablement, sans parler des textes législatifs qui n’avantagent pas le secteur.

Défis est aussi la synthèse de quantité d’expériences sur le terrain…
Nous avons beaucoup appris des projets passés comme Aropa (Appui au renforcement des organisations professionnelles et aux services agricoles) et Prosperer (Programme de soutien aux pôles de micro-entreprises rurales et aux économies régionales), mais aussi d’expériences en cours comme AD2M (Projet d'appui au développement de Menabe et Melaky) et Formaprod (Programme de formation professionnelle et d'amélioration de la productivité agricole). Nous avons aujourd’hui toutes les clés en main pour que se constituent des organisations paysannes orientées vers le marché́ et créatrices de valeur ajoutée. Nous voulons que les bénéficiaires deviennent effectivement indépendants et se comportent comme de véritables acteurs économiques du développement.

Quelle est votre stratégie pour y parvenir ?
D’abord permettre aux paysans de produire convenablement, grâce à des « investissements structurants ». Le projet a ainsi prévu de consacrer 125 millions de dollars, la moitié du financement global, à la construction d’infrastructures vitales comme des points d’eau, des barrages et des routes. Dans un même mouvement, nous voulons développer la production d’intrants (engrais, semences) et de petits matériels agricoles, mais aussi mettre en place des « champs-écoles », des greniers communautaires et des unités de transformation. À travers la Tranoben’ny Tantsaha (Chambre d’agriculture), nous voulons enfin soutenir les organisations paysannes, de base ou régionales, pour les rendre plus autonomes. Je suis fier de souligner que nous avons été un des principaux artisans de la loi sur l’agrégation agricole qui a été adoptée en juin dernier. Elle encadre les relations entre les groupements de paysans (appelés agrégés) et les opérateurs économiques (dits agrégateurs), ce qui a notamment le mérite de faire disparaître les intermédiaires inutiles.

« Des organisations paysannes orientées vers le marché́ et créatrices de valeur ajoutée »

L’idée est donc de créer une véritable synergie autour de l’agriculture ?
Tout à fait. Par exemple, nous travaillons étroitement avec comme le Centre national de recherche appliquée au développement rural (Fofifa) pour les semences, le Centre de formation et d’application du machinisme (CFFAMMA) d’Antsirabe pour les petits matériels, ou encore avec la Chambre de commerce et d’industrie pour la commercialisation. Nous allons aussi allouer, sur une période de dix ans,  une enveloppe de 50 millions de dollars au Fonds de développement agricole (FDA), une structure étatique dont la mission est de mobiliser des appuis financiers pour le secteur agriculture-élevage-pêche. C’est vers cette structure que les exploitants pourront se tourner pour l’achat d’intrants ou de matériels. Rien ne sera distribué gratuitement, mais les bénéficiaires pourront acquérir leurs engrais et semences à des prix très compétitifs. En partenariat avec les institutions financières, nous travaillons enfin à nouveau mécanisme pour soutenir les emprunts, à taux de remboursement préférentiel, cela dans le cadre des contrats d’agrégation agricole.

Les deux ans de pandémie que nous venons de traverser ont-ils eu des répercussions sur le programme ?
Ils nous ont forcément fait prendre du retard par rapport au timing initial. Toutefois, depuis la reprise, nous menons le programme à un rythme soutenu. En ce qui concerne l’irrigation, par exemple, 95 % des 20 000 hectares prévus ont été restaurés et 4 000 hectares de nouveaux périmètres irrigués sont déjà réalisés. Depuis 2019, 493 tonnes de semences certifiées (riz, maïs, arachide), 62 000 tiges de manioc et 388 000 plants de café́ ont été produits et diffusés auprès de 29 000 exploitants. À ce jour, nous avons mis en place 1 551 champs et fermes-écoles. En attendant l’application de la loi sur l’agrégation, 14 opérateurs de marchés sont déjà en cours de contractualisation avec les paysans.


Propos recueillis par Solofo Ranaivo

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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