Pierrot Serge Randrianaritiana (Défis) « Le défi majeur, c’est l’agriculture »
6 septembre 2022 // Entreprendre // 6301 vues // Nc : 152

Malgré le contrecoup de deux ans de pandémie, le programme de développement des filières agricoles inclusives (Défis) retrouve, cette année, un rythme soutenu. L’enjeu est capital, nous rappelle son coordonnateur, s’agissant d’accompagner 320 000 exploitants de la moitié sud de l’île vers le développement agricole.

Défis est un programme qui entend soutenir 320 000 exploitants agricoles, ce qui est en soi un véritable défi…
Le programme est sous tutelle du ministère en charge de l’agriculture et financé à hauteur de 250 millions de dollars par le Fonds international de développement agricole (Fida). Mis en œuvre en 2019 pour une durée de dix ans, il s’articule autour de l’autonomisation et la résilience de l’agriculture familiale, mais aussi et surtout de la sécurité́ alimentaire et nutritionnelle des ruraux. Nous couvrons neuf régions du sud et du centre-est de Madagascar et nous occupons de huit filières, à savoir : riz, maïs, manioc, arachide, café, oignon, petits ruminants et miel. Pour chacune d’elle, nous couvrons l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production des semences à la commercialisation des produits, en passant par l’apprentissage des techniques de production ou la conservation et la transformation des produits. Nous prévoyons également d’appuyer des chaînes de valeur à nos

yeux prometteuses, comme le sorgho et le mil, car ces plantes peuvent renforcer la résilience des exploitations familiales dans les zones semi-arides.

Vous partez du constat que la sous-performance du secteur agricole est l'une des principales causes de la pauvreté à Madagascar…
Madagascar est un pays à vocation agricole : les deux-tiers de sa population vivent dans les zones rurales et son économie repose essentiellement sur l’agriculture. Le Fida a compris que si la Grande Île se trouve encore dans l’impasse, si 82 % de sa population est toujours dans la pauvreté, c’est que les potentiels ne sont pas exploités. Les infrastructures, les techniques de production, les structures organisationnelles des producteurs, le système financiers, rien en fait ne fonctionne convenablement, sans parler des textes législatifs qui n’avantagent pas le secteur.

Défis est aussi la synthèse de quantité d’expériences sur le terrain…
Nous avons beaucoup appris des projets passés comme Aropa (Appui au renforcement des organisations professionnelles et aux services agricoles) et Prosperer (Programme de soutien aux pôles de micro-entreprises rurales et aux économies régionales), mais aussi d’expériences en cours comme AD2M (Projet d'appui au développement de Menabe et Melaky) et Formaprod (Programme de formation professionnelle et d'amélioration de la productivité agricole). Nous avons aujourd’hui toutes les clés en main pour que se constituent des organisations paysannes orientées vers le marché́ et créatrices de valeur ajoutée. Nous voulons que les bénéficiaires deviennent effectivement indépendants et se comportent comme de véritables acteurs économiques du développement.

Quelle est votre stratégie pour y parvenir ?
D’abord permettre aux paysans de produire convenablement, grâce à des « investissements structurants ». Le projet a ainsi prévu de consacrer 125 millions de dollars, la moitié du financement global, à la construction d’infrastructures vitales comme des points d’eau, des barrages et des routes. Dans un même mouvement, nous voulons développer la production d’intrants (engrais, semences) et de petits matériels agricoles, mais aussi mettre en place des « champs-écoles », des greniers communautaires et des unités de transformation. À travers la Tranoben’ny Tantsaha (Chambre d’agriculture), nous voulons enfin soutenir les organisations paysannes, de base ou régionales, pour les rendre plus autonomes. Je suis fier de souligner que nous avons été un des principaux artisans de la loi sur l’agrégation agricole qui a été adoptée en juin dernier. Elle encadre les relations entre les groupements de paysans (appelés agrégés) et les opérateurs économiques (dits agrégateurs), ce qui a notamment le mérite de faire disparaître les intermédiaires inutiles.

« Des organisations paysannes orientées vers le marché́ et créatrices de valeur ajoutée »

L’idée est donc de créer une véritable synergie autour de l’agriculture ?
Tout à fait. Par exemple, nous travaillons étroitement avec comme le Centre national de recherche appliquée au développement rural (Fofifa) pour les semences, le Centre de formation et d’application du machinisme (CFFAMMA) d’Antsirabe pour les petits matériels, ou encore avec la Chambre de commerce et d’industrie pour la commercialisation. Nous allons aussi allouer, sur une période de dix ans,  une enveloppe de 50 millions de dollars au Fonds de développement agricole (FDA), une structure étatique dont la mission est de mobiliser des appuis financiers pour le secteur agriculture-élevage-pêche. C’est vers cette structure que les exploitants pourront se tourner pour l’achat d’intrants ou de matériels. Rien ne sera distribué gratuitement, mais les bénéficiaires pourront acquérir leurs engrais et semences à des prix très compétitifs. En partenariat avec les institutions financières, nous travaillons enfin à nouveau mécanisme pour soutenir les emprunts, à taux de remboursement préférentiel, cela dans le cadre des contrats d’agrégation agricole.

Les deux ans de pandémie que nous venons de traverser ont-ils eu des répercussions sur le programme ?
Ils nous ont forcément fait prendre du retard par rapport au timing initial. Toutefois, depuis la reprise, nous menons le programme à un rythme soutenu. En ce qui concerne l’irrigation, par exemple, 95 % des 20 000 hectares prévus ont été restaurés et 4 000 hectares de nouveaux périmètres irrigués sont déjà réalisés. Depuis 2019, 493 tonnes de semences certifiées (riz, maïs, arachide), 62 000 tiges de manioc et 388 000 plants de café́ ont été produits et diffusés auprès de 29 000 exploitants. À ce jour, nous avons mis en place 1 551 champs et fermes-écoles. En attendant l’application de la loi sur l’agrégation, 14 opérateurs de marchés sont déjà en cours de contractualisation avec les paysans.


Propos recueillis par Solofo Ranaivo

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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