Natoa Rasolonjatovo n'est pas un nouveau venu dans le paysage de l'art plastique malgache. Fraîchement rentré d'une résidence à Mumbai — après avoir posé sa griffe de la Chine à Berlin en passant par Paris — il a tenu une exposition intitulée « Les 15 chapitres de la rencontre » à l'Escal'art du Novotel au mois d’août. Le retour du fils prodigue ?

Le point de départ est une parabole universelle — l'histoire de l'enfant prodigue, présente dans plusieurs textes sacrés et cultures antiques. Mais Natoa Rasolonjatovo ne fait pas de calque biblique. Il s'en empare, la traduit, la malgachise. « Je voulais que cette parabole parle notre langue, qu'elle résonne avec nos routes, nos visages et nos doutes. Le voyage du jeune homme, c'est le parcours de chacun d'entre nous face à ses racines », confie-t-il. Quinze tableaux, lus comme un roman initiatique en quatre temps — l'évasion et l'illusion, la dérive et l'isolement, la résilience et le souvenir, les retrouvailles et la célébration. Au fil des toiles, la malgachité affleure avec subtilité — le lamba drapé sur les épaules du voyageur, le zébu comme allégorie de la richesse illusoire, le malabary et le randrana pour ancrer les personnages dans leur identité, les jeux d'enfance comme écho de l'insouciance perdue.
Ce qui distingue le travail de Natoa, c'est sa signature matérielle — le vitre, qu'il marie à d'autres surfaces travaillées non pas comme de simples supports mais comme des révélateurs.
Pour cette exposition, il l'associe à des chutes de tissu récupérées dans les ruelles de Manjakaray, ficelées avec une simplicité déroutante, comme on attache la volaille au marché. Le déchet devient noble. « Le vitre n'est pas une surface réfléchissante ordinaire — c'est un filtre sensible qui force le spectateur à entrer dans la toile, à devenir partie intégrante de l'œuvre », glisse l'artiste. La confrontation entre la rigueur froide du vitre — allégorie de l'ego et de nos certitudes tranchantes — et la chaleur souple du tissu de confection crée une tension visuelle immédiate. « C'est la quête permanente de l'équilibre entre ce qui blesse et ce qui soigne », explique-t-il.
Face à ces vitres ceints de lamba, le visiteur ne fait pas que regarder — il s'y croise, s'y affronte. L'accrochage est d'une rigueur formelle qui tranche avec la charge émotionnelle des œuvres — quinze tableaux alignés comme des chapitres, chacun portant son propre poids narratif. Natoa rappelle sa conception de l'art avec une conviction intacte : « Une œuvre créée il y a vingt ans ne raconte pas la même chose aujourd'hui. L'art doit provoquer l'échange, bousculer nos certitudes et nous forcer à nous définir. » Et au fond, c'est peut-être là le vrai sujet de l'exposition — pas seulement le retour d'un fils prodigue, mais la question que Natoa pose à chaque visiteur qui s'arrête devant ses toiles. Es-tu vraiment heureux ?
Tatiana Randriamanakajasoa