Avec son remix de « Madirovalo » du légendaire Mahaleo, mpX Rama a remporté le trophée EDM aux RDJ Mozika 2025. Une victoire inattendue pour ce DJ discret, qui préfère laisser parler ses créations plutôt que son image — et qui vient de toucher, presque sans le vouloir, à quelque chose de sacré.

Reprendre un titre de Mahaleo, c'est un peu comme retoucher une fresque de la Renaissance. Tout le monde a un avis. Personne ne vous le pardonnera facilement. Et pourtant, mpX Rama l'a fait — deux fois. Et les deux fois, ça a marché. Son remix de « Madirovalo » lui a valu le trophée RDJ Mozika 2025 dans la catégorie Electro Dance Music. Une récompense qu'il n'avait pas vue venir. « Être nominé était déjà énorme pour moi. Honnêtement, je ne pensais pas repartir avec le trophée », raconte-t-il. Pourtant, face à quatre autres artistes en compétition, c'est bien sa version électro qui a convaincu. Pour les mélomanes, le calcul est simple : quand on s'empare d'un tube intemporel et qu'on le traite avec respect, le public suit. La question, c'est de savoir si les auteurs suivent aussi.
Car les membres de Mahaleo ont toujours été connus pour leur attachement jaloux à leurs œuvres. Avant « Madirovalo », mpX Rama s'était déjà attaqué à « Tongava re ». Un épisode l'a particulièrement marqué : alors que Mahaleo Taranaka était en tournée à l'étranger, un DJ lui demande ce remix… à la demande des enfants des membres du groupe eux-mêmes.
« Là, j'ai compris qu'ils avaient validé le remix. J'étais vraiment rassuré », confie-t-il. L'accueil de « Madirovalo » a suivi la même logique, chaleureuse. « Sans eux, je n'aurais jamais eu ce trophée. Eux ont préparé les ingrédients, moi j'ai juste ajouté un peu d'épices », résume-t-il avec une modestie qui sonne juste. Ce goût pour les chansons qui durent, mpX Rama — de son vrai nom Ramaroson Seth Hajanirina — l'a cultivé depuis longtemps. S'il entre officiellement dans l'univers du DJing en 2010, ses premiers essais remontent à l'enfance. « J'utilisais déjà un logiciel appelé Music 2000 pour essayer de faire des remixes », se souvient-il. C'est pendant le Covid, privé de scènes comme tous ses pairs, qu'il se réinvente : mix live, productions créatives, contenus humoristiques qui circulent en ligne. Un petit boom de visibilité en 2020, discret mais réel — à son image.
Discret, le mot revient. « Je n'aime pas trop me mettre en avant. Beaucoup de gens connaissent mes œuvres, mais je préfère que ce soit mon travail qui parle », déclare-t-il. Dans un milieu où l'ego fait souvent partie du set, c'est presque une posture punk. « Les chansons de Mahaleo sont intemporelles. Même dans 30 ou 60 ans, elles auront toujours de la valeur », explique-t-il. On comprend mieux, alors, ce qui l'attire : non pas le buzz, mais ce qui reste. La suite ? Continuer à produire des remixes, s'impliquer dans des événements hors d'Antananarivo, former de futurs DJs et producteurs. Un EP est déjà en cours. Pour mpX Rama, le remix n'est pas seulement une piste de danse. C'est une manière de faire vivre la musique autrement — et peut-être, d'écrire en filigrane sa propre page dans une histoire qui le dépasse.
Lucas Rahajaniaina
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