Mantasoa : Le fond de l'histoire
2 août 2026 // Histoire // 1062 vues // Nc : 199

Le lac Mantasoa est l'un des plus célèbres de Madagascar — non pas pour sa superficie, qui ne dépasse pas les 2 000 hectares et ne figure même pas dans le top dix national, mais pour ce qu'il cache. Cette étendue d'eau est artificielle, créée par la main de l'homme il y a moins d'un siècle. Et en dessous, un village entier dort encore.

« Quand le niveau de l'eau baisse, on peut entrevoir les vestiges englouti. » Richard ne raconte pas une légende. Il ouvre une porte sur une mémoire que le lac n'a jamais totalement noyée. « Là-dessous, il y avait notre maison et notre parc à bœufs », souffle-t-il en désignant les eaux calmes. Les jours de basse saison, quand les pluies se font rares, quelques vestiges réapparaissent à la surface — comme si le passé refusait de se laisser engloutir tout à fait sous ce lac d’une profondeur moyenne de 4 à 10 mètres. Avant d'être un lac, l'endroit était traversé par une rivière. La construction de barrages, achevée en 1936, transforma peu à peu le paysage et noya les terres alentours. « C'est surtout la pluie qui nourrit le lac. En saison humide, il monte rapidement. En saison sèche, il redescend », explique Richard. Un équilibre vivant qui continue de rythmer la vie locale.

Mais l'histoire remonte un siècle plus tôt. En 1837, Jean Laborde fit de Mantasoa l'un des premiers pôles industriels de Madagascar — ateliers, hauts fourneaux, forges, ambitions de modernisation du royaume Merina. Ce Français devenu homme de confiance de la reine Ranavalona Ière avait transformé ce coin de forêt en laboratoire industriel avant l'heure. Aujourd'hui, les ruines dialoguent encore avec la végétation pendant que le lac efface doucement les contours de cette époque. C'est donc pour alimenter ces installations, puis pour répondre aux besoins en énergie hydraulique de la région, que le barrage fut construit — engloutissant au passage des terres habitées depuis des générations.

Richard balaie une idée reçue avec un sourire. « Ce n'est pas un tabou qui interdit la baignade. Le lac est simplement très profond et son fond plonge brusquement. » Puis il raconte l'origine du nom Mantasoa. Selon la tradition orale, des étrangers installés sur le site employaient des ouvriers malgaches réputés pour leur endurance, dont le repas quotidien se résumait à un vary sosoa manta moaka — un riz très liquide, pas bien cuit. Étonnés de les voir travailler avec autant d'énergie malgré cette nourriture modeste, ils auraient retenu l'expression manta fa mitondra soa — simple, mais bénéfique. Les mots se seraient contractés jusqu'à devenir Mantasoa. Légende ou vérité historique, Richard ne tranche pas. À Mantasoa, ces récits valent parfois autant que les pierres.

Lucas Rahajaniaina

Photos : Andriaparany Ranaivozanany

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir