Le Mont Ambohiby, notre patrimoine à multiples visages
18 juin 2024 // Histoire // 3198 vues // Nc : 173

Le touriste qui se rendant à Tsiroanomandidy par la route nationale 1 bis ne peut manquer d'être frappé par le mont d'Ambohiby qui s'élève au sud-est de Tsiroanomandidy à 1660 mètres d'altitude. Ambohiby, fruit d’une explosion volcanique d’il y a 90 millions d’années, est plus vieux que le Mont Everest ou encore Le Grand Canyon. Du fait de ses rôles et de l’histoire qu’il garde, Ambohiby a été toujours l’objet de recherches de nombreux chercheurs scientifiques de toutes disciplines et attise les curiosités aussi bien des habitants vivant autour du mont que des passants.   Que dire sur ce mont? Si bien qu’une fouille archéologique n’ait pas encore été entreprise jusque-là, Ambohiby devra figurer sur les sites en danger en invitant les décideurs à mettre en place des dispositifs permettant à sa préservation car patrimoine national à multiples facettes.

Le Mont Ambohiby, nuageux.
© Daniel Albert Dartiguepeyrou

Ambohiby, site historique avec vestiges de fortifications
Grâce aux possibilités offensives par la disposition des fortins trouvés sur le lieu, les Sakalava s'y sont jadis installés pour contrecarrer l'offensive Merina en aménageant des fortifications ingénieuses. Rappelons que Tsiroanomandidy est intégré dans le Royaume de Madagascar par Radama I en 1822 quand celui-ci entame la conquête du royaume Sakalava du Menabe dans son projet d’unification de l’Île.  Ambohiby était l'un des derniers repaires défensifs pour la ville occupé par un roi du nom de Ramparivo. D’autant plus que son nom signifie montagne imprenable, car le fer ou vy, au figuré, symbolise la résistance. Le sommet offrant un beau panorama sur de vastes espaces, il y subsiste encore des fortifications datant de l’époque lointaine où s’élevait une habitation du roi cité. Le mont garde encore les quelques vestiges de fortifications et de tombeaux ainsi que de débris de poterie qui prouvent la présence humaine sur le sommet. Il nous reste à faire un véritable travail archéologique pour en mieux connaître l'histoire et la culture qui s’y sont succédé. Aussi, une pratique sociale se tenait sur le sommet du mont, c’est le tsenan’Ampela, ou marché  des filles qui a lieu tous les jeudis.  Il s’agit d’un lieu de rencontre pour les jeunes. En effet, les jeunes garçons, en quête de promise, se donnent rendez-vous à un point du mont pour  y rencontrer la future épouse.  

Se trouvant sur la route des esclaves, Ambohiby témoigne de l’épisode sombre de notre histoire, car un enclos à esclaves y est préservé, près de l’actuel site de château d’eau de Tsiroanomandidy. En effet, Ambohiby  est à 80 km d’Ampamoizankova  où « des Merina fait capturés jetaient un dernier regard sur la terre de leurs ancêtres et pleuraient toutes  les larmes de leurs corps, conscients d’arriver au point de non-retour ».  C’est pour ces raisons que l’Etat colonial a mis ce lieu sur la liste des monuments historiques et des touristiques le 25 aout 1937.

Ambohiby, lieu touristique
Malgré la faible potentialité touristique de la ville de Tsiroanomandidy, l’administration coloniale y a ouvert des routes et a  aménagé des lieux récréatifs tels que jardins publics et la pergola. La ville dispose également de deux hôtels de brousse. Mais la ville se démarque par la présence de deux massifs qui s’élèvent au nord de la ville Bevato avec sa forme circulaire et au sud est Ambohiby. En effet, un tourisme colonial se produit dans la ville. Les colons pratiquent la chasse au Mont Ambohiby. Ce mont présente des atouts majeurs du fait d’être à la fois un site naturel et archéologique. Site naturel, car il  alimente en eau Tsiroanomandidy et les villages environnants. Les végétations y sont nombreuses et diversifiées. De même en 1935, un botaniste français du nom de J. Léandri compare le mont à celui de la Foret de Lichens du Centre de France pour ses végétations diversifiées. Outre cela, on y trouvait également de bœufs sauvages, et de quelques lémuriens. Dans les forêts de Tsiroanomandidy, les oiseaux sont nombreux : on peut y rencontrer des pintades, des flamands blancs, des sarcelles, des perroquets, des perruches vertes, des perdrix, des cailles et des cardinaux. Le mont d’Ambohiby possédait encore dans les années 1970 sur ses pentes des zones forestières de plusieurs centaines hectares, refuges de bandes de sangliers. 

Possible tombeau du roi Ramamparivo,
© Daniel Albert Dartiguepeyrou

Ambohiby, source d’eau pour la ville de Tsiroanomandidy
Des études d’adduction d’eau pour la ville de Tsiroanomandidy sont effectuées au mont Ambohiby en 1952. Ce mont, dispose de nombreuses sources naturelles. On y découvre la vallée Andranomangatsiaka (Où l’on trouve de l’eau fraîche). Ses eaux jaillissent de deux sommets : Andapa et Ampahirano  aptes à approvisionner la ville de Tsiroanomandidy  en eau. L’adduction ne s’est concrétisée qu’en 1965, lorsqu’un ouvrage hydraulique est mis en place pour capter les eaux d’Andranomangatsiaka. L’eau est ensuite conduite vers le centre-ville à l’aide  de tuyaux et gardée dans le château d’eau de la ville. Les appareils (conduite d’eau et château d’eau) appartiennent à la commune urbaine depuis son installation jusqu’à son transfert à la JIRAMA (Jiro Sy RAno Malagasy).  La commune urbaine, en partenariat avec la société Gérance Nationale des Eaux se charge de la distribution de l’eau. L’arrivée de l’eau dans la ville inaugure l’arrivée de l’énergie électrique. C’est la Société d’Énergie de Madagascar, installée dans la ville en 1967, qui se charge de l’alimentation en énergie électrique du district. La ville possède d’une centrale thermique de quatre groupes d’une capacité totale de 270 KVA. La fusion de la  SEM et la GNE depuis 1972 donne naissance à la JIRAMA de Tsiroanomandidy.

Une des rares sources, là-haut.
© Daniel Albert Dartiguepeyrou

Par Hajanirina rakotomalala - Etudiant en Histoire

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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