Mahyen Lesy : L’humour est dans le pré
13 décembre 2025 // Influenceur du mois // 4277 vues // Nc : 191

Avec ses personnages taillés dans la terre rouge du Vakinankaratra, Mahyen Lesy III offre à ses abonnés un humour qui ne se prend pas au sérieux mais qui, curieusement, dit vrai. Une maison à Antsirabe, quelques imperfections volontaires, et soudain, la campagne renaît sous nos yeux.

©photo : Mahyen Lesy III
©photo : Mahyen Lesy III

Il suffit de faire défiler sa page Facebook pour sentir une bouffée d’air du Vakinankaratra — ce vent un peu froid, un peu sucré, qui porte l’odeur de la terre retournée et du lait chaud. Depuis un an, Mahyen Lesy III s’est donné pour mission — volontaire ou pas, le débat reste ouvert — de rappeler au monde que la campagne n’a rien de ringard. Elle a même un humour. Un humour solide, enraciné, qui ne s’excuse pas.

Ce qui frappe, avant même la première chute, c’est la simplicité. Les scènes sont tournées chez lui, à Antsirabe, dans cette maison où l’on devine presque la bouilloire qui chante au fond. Alors que d’autres créateurs dégainent caméras hors de prix, micros invisibles et lumières qui donnent l’impression de tourner un clip, Mahyen arrive avec… presque rien. Une équipe minuscule, des images qui tremblent un peu, des blancs, des imperfections. « Justement », glisse-t-il. Ces défauts font le charme : le côté « paysan », artisanal, assumé jusqu’au bout des rizières.

Et le public adore. Parce qu’il ne joue pas la campagne : il l’habite. Au propre comme au figuré. Le dialecte du Vakinankaratra, les expressions qu’on n’entend plus trop en ville, ces intonations qui rappellent les zébus rentrant du champ… Tout y est. « Plus Vakinankaratra que lui, t’es mort », rigolent ses fans. Robe de grand-mère, fichu sur la tête, il devient « mama », la mère de Mahenina — l’autre personnage qu’il incarne. Deux rôles, une même sincérité. Avant cela, il imitait Christophe Rabearimanana ou Vanintsoa, revisitant leurs voix dans des situations improbables. C’est ainsi qu’il s’est fait connaître. Aujourd’hui, il pousse plus loin. « Si quelqu’un d’ailleurs le faisait, ce serait choquant. Mais moi, je suis d’ici. Donc si je me moque… je me moque de moi-même », explique-t-il avec ce sourire qu’on devine très bien, même hors caméra.

Aucun sujet n’est tabou, tant que la dignité des gens est intacte. « On peut rire de tout, du moment qu’on ne médit personne », chuchote-t-il. Dans un épisode devenu culte, il imagine l’Annonciation… version Vakinankaratra. L’archange Gabriel qui parle comme un marchand du marché d’Asabotsy, comment ne pas rire ? Pour l’instant, deux personnages phares seulement. Mais « d’autres arrivent », promet-il. 2026 pourrait bien voir éclore une petite troupe. On ne demande qu’à suivre.

Solofo Ranaivo

Laisser un commentaire
no comment
no comment - FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Lire

8 mai 2026

FIM 2026 : Madagascar en mouvement

Le CCI Ivato a ouvert ses portes hier pour la 27e édition de la Foire internationale de Madagascar. Le thème choisi — « Madagascar en mouvement : les...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Ferme de la Jungle - Avril 2026 - NC 195

Découvrez la Ferme de la Jungle, dans le no comment ® NC 195 – avril 2026
Nichée à Ambohimanarina, en plein cœur d’Antananarivo, la Ferme de la Jungle de Rajaonarivony Christian offre une escapade nature surprenante : eau, verdure et animaux rares sur près de 5 hectares. Pêche, pique-nique, visites guidées… le site peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir